La Scala de Paris, beaucoup de bruit pour rien…

La Scala de Paris, beaucoup de bruit pour rien…

Quelle n’a pas été la surprise des abonnés de théâtre en recevant dans leur boîte aux lettres le programme de la Scala de Paris. Cette nouvelle salle a ouvert ses portes cette année. Si l’opération de communication est impressionnante, l’endroit vaut-il vraiment le déplacement ?

A en croire l’annonce, la Scala se veut être un « théâtre d’art privé ouvert à tous les vents de la création et aux publics plus larges », pour reprendre les mots qui introduisent la saison. Et pourtant, l’espoir de l’ouverture d’une salle d’avant-garde est vite décevant.

Un espace historique, mis au goût du jour

Existant depuis la Belle Époque, cette salle aura subi beaucoup de transformations. Passant du music-hall au cinéma, elle fut ensuite spécialisée à partir des années 1970 dans la diffusion de films pornographiques. Il aura fallu un lourd investissement et une grande motivation de la part de Mélanie et Frédéric Biessy pour rénover l’ensemble et créer une salle aux murs bleus, entièrement modulable, adaptée à la diversité de la programmation. Cette scène avec une acoustique adaptée accueillera autant du théâtre, que de la musique, et même du cirque…

Cet aménagement moderne s’adapte aux attentes du public : des sièges confortables et surtout une large place pour les jambes, ce que l’on regrette bien souvent au bout d’une heure, assis dans une salle classique. Certains chanceux, assis sur les places du côté auront même la joie d’avoir un repose-pied en bois.

De plus, la direction prend en compte les nouvelles habitudes de consommation théâtrale. L’ouverture des portes ne se fait que dix minutes avant le début de la représentation, qui commence avec une dizaine de minutes de retard, pour laisser le temps aux retardataires de s’installer.

Un investissement à rentabiliser

Seulement voilà, les considérations économiques entrent dès lors en ligne de compte. Si en effet les tarifs pour les jeunes permettent d’avoir une place à moins de 20€ (dans la dernière catégorie, n’exagérons rien), c’est sans compter sur une programmation blindée qui assure des rentrées d’argent. Pas besoin d’aller bien loin pour s’en rendre compte, il suffit juste de tourner les premières pages du livret et de lire les noms des metteurs en scène.

On commence avec Yoann Bourgeois. Ce nom ne vous dit pas grand-chose et pourtant, il est reconnu. Par exemple, en 2017, il produit un spectacle au Panthéon, ayant reçu carte blanche de la part des monuments nationaux. Il est donc loin d’être un simple amateur. Et il ouvre la saison de la Scala avec un spectacle très poétique et très technique autour du déséquilibre associant angoisse du monde et cirque.

Petit aperçu du spectacle ainsi que du projet initial :

Prenons ensuite un des artistes dont les installations sont proposées sur les murs de la salle : Stéphane Thidet. S’il vous est inconnu, son « Détournement » des eaux de la Seine à travers l’immense salle de la Conciergerie n’a pas dû vous échapper cet été. Pour en savoir plus sur son travail, rendez-vous ici.

On pourrait continuer encore longtemps avec Thomas Jolly, qui a quand même ouvert le festival d’Avignon avec son Thyeste qui avait ébranlé le public de la Cour d’honneur du Palais des Papes. Yasmina Reza a carte blanche et propose un certain nombre de créations. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle a déjà fait ses preuves, surtout en tant qu’auteur de théâtre.

Une place pour les jeunes qui est bien relative

Tout ce qui a été dit précédemment ne conduit tout de même pas à critiquer les artistes qui se produisent à la Scala, ni à leurs créations, mais plutôt à nuancer ce projet de théâtre pour les jeunes. Certes, les artistes qui se produisent sont bien loin de la retraite. Mais ils ont déjà bien fait leurs preuves.

Ce ne sont pas de nouvelles têtes que cette salle nous fera découvrir cette année. Mais le public peut espérer qu’une fois les caisses remplies, l’année prochaine, la Scala de Paris donnera leur chance à de jeunes inconnus, dont certains d’entre vous feront certainement partie pour que naisse un théâtre neuf qui nous ressemble.

Crédit Photo : AFP/Joel Saget