« Raise Vibration » : le retour efficace mais sans relief de Lenny Kravitz

« Raise Vibration » : le retour efficace mais sans relief de Lenny Kravitz

30 ans et 10 albums après Let Love Rule, Lenny Kravitz a présenté en septembre sa nouvelle œuvre : Raise Vibration. L’Américain aux dreadlocks foisonnants, aux lunettes fumées et au cuir moulant livre douze titres, qui reflètent une nouvelle fois sa large palette musicale. Mais génèrent en même temps une certaine lassitude…

Icône rock, multi-instrumentiste virtuose, lover invétéré : Lenny Kravitz ne vieillit pas. Entre rock, soul, funk et pop, le dernier album du chanteur new-yorkais s’inscrit dans la continuité du passé de l’artiste, sans toutefois révolutionner son style.

Un album généreux et engagé

L’album s’ouvre par une prière jubilatoire, qui sonne comme le meilleur titre de l’album. « We Can Get it All Together » a été le premier morceau écrit. C’est une confession honnête : je révèle mes fautes et demande de l’aide pour améliorer ce qui fera de moi un homme meilleur. S’il doit encore attendre quelques mois pour communier sur scène avec ses fans français, le showman montre déjà ses bonnes volontés. Dans cet album, Lenny Kravitz évoque la disparition de sa mère en 1995, se lamente de l’état actuel de notre monde et des guerres menées partout. Il revient d’autre part sur les tueries dont sont victimes les Noirs par des policiers aux Etats-Unis. « It’s enough » dure 8 minutes… 8 minutes utilisées pour synthétiser son exaspération face à “une planète qui a perdu la tête“.

Une fois de plus, Lenny nous offre en fin de compte un gigantesque plaidoyer pour la paix et l’amour universel. Si son discours est totalement justifié et nécessaire, la redondance de ses propos tend vers une niaiserie qui pourrait effrayer même les plus farouches candidates à Miss France : « Here to Love » en est le symbole.

Trop de styles tuent le style ?

Mais parlons musique. Raise Vibration est globalement d’une bonne facture, mêlant des titres dansants comme le titre phare « Low », qui rend volontairement hommage à Michael Jackson, à des ballades plus feutrées comme « Johnny Cash ». Le tout est orchestré par un duo, dont l’autre partie est son guitariste et ami Craig Ross. A noter également que le rockeur ne déroge pas à sa règle habituelle : jouer de tous les instruments possibles. Guitare, basse, batterie, piano ou bongo et sitar… il apparaît d’ailleurs en batteur dans le clip de « Low ».

Le résultat s’inscrit dans une continuité musicale toute “kravitzienne”, consistant en un assemblage classieux de rock, funk, blues et soul… Certains titres axés disco/electro moderne sont agréables à l’oreille. Efficace, dans l’air du temps, mais par là même grossièrement artificiel. Si les trois premiers titres de l’album sont enthousiasmants, on en vient vite au fil de l’écoute à attendre que cela s’arrête : les titres et les paroles se ressemblent, et l’ennui chasse l’excitation.

La « soupe commerciale » mielleuse et déjà vue semble avoir pris le dessus sur l’énergie d’American Woman ou d’Are you gonna go my way : les titres sont faciles et peu mémorables (à l’image de « Raise Vibration » ou « Here to Love »), signe que l’album ne fera sans doute pas date dans la discographie de Kravitz, et sera oublié après la tournée – car la scène reste la raison majeure de sa légende.  En somme, rien ne ressemble plus à son précédent album que son nouvel album… Agréable, et puis c’est tout !

Un hyperactif contradictoire

Au-delà du mélange des genres, Lenny multiplie les casquettes : acteur, bientôt réalisateur de son propre film, photographe mais aussi fondateur d’une agence de design, qui lui vaut d’être directeur artistique pendant deux ans d’une marque de champagne pour laquelle il réalisera des campagnes de publicité, ou encore de décorer les palais des ultra-riches. « It’s all about the money », peut-on entendre dans « Who really are the monsters ». Une ironie quelque peu contradictoire… Kravitz demeure en tout cas un artiste hyperactif, au risque de se perdre rapidement dans ses multiples activités. A quand une candidature pour la Maison Blanche, afin de converser davantage avec son homologue français ?