La mode vegan, une solution parfaite ?

La mode vegan, une solution parfaite ?

La mode vegan se développe de plus en plus, on en voit dans de nombreuses enseignes. Mais ce mouvement, qui promet le respect des animaux, est-il pour le moins idéal ?

Ce jeudi 1er novembre a eu lieu le World Vegan Day. Pour rappel, selon Le Robert, une personne est dite vegan quand elle exclut, autant que possible en pratique, tout produit d’origine animale (végétalisme) et adopte un mode de vie respectueux des animaux (habillement, cosmétiques, loisirs…). Etant donné la popularité croissante du mouvement, il n’est donc pas étonnant de voir se multiplier les marques et produits “vegan” dans la mode. De plus, dans la deuxième industrie la plus polluante du monde, prétendre ajouter un peu d’éthique à la création d’un vêtement est une promesse alléchante. Cependant, ces alternatives vegan sont également critiquées et remises en causes. Opter pour des vêtements vegan est-il la solution parfaite pour une industrie de la mode plus éthique et durable ?

Une offre en pleine expansion

Si la Vegan Society fut fondée dès 1944 par Donald Watson et Elsie Shrigley, c’est à partir des années 2000 que les vêtements revendiqués “vegan” semblent se populariser et commencent à apparaître sur le devant de la scène. En effet, en 2001, Stella McCartney fonde la maison éponyme, figure de proue du respect des animaux dans le milieu de la haute couture. Cependant, il faut attendre 2013 pour que défile la première marque 100% vegan, Vaute Couture , à la Fashion Week de New York.

En parallèle, l’intérêt pour le mouvement vegan apparaît plus tardivement chez les géants du prêt-à-porter grand public. C’est à partir de 2014 que la mode se revendiquant vegan s’y installe durablement. Ainsi, avec la gamme “Vegan – Approuvé par PETA” lancée par Esprit, puis avec le lancement de bottes vegan par DrMartens, les consommateurs sont de plus en plus exposés à ce mouvement.

Enfin, c’est surtout sur Internet que l’offre de vêtements vegan se multiplie. En effet, l’absence de boutique physique permet à de nombreuses petites marques de développer une offre” vegan”. Elles réduisent alors les coûts, ouvrant le marché à tous. Lorsque l’on recherche des sacs et chaussures vegan sur Amazon par exemple, on obtient plus de 6000 résultats. Certains proviennent de marques célèbres comme Birkenstock, et d’autre de boutiques plus confidentielles.

L’offre de produits revendiqués “vegan” dans la mode est donc en hausse, des podiums à Internet.

Vegan = Hypocrites ?

Cependant cette multiplication de l’offre vegan est source de critiques. En effet, certaines marques semblent profiter de la hausse de la demande de ces produits pour vendre de tout, sans vraiment se soucier de la qualité.

Pire, l’offre croissante de produits vegan permet à certaines enseignes d’utiliser dans leur production des matériaux extrêmement polluants. Leur présence est justifiée par la mention vegan, alors utilisée comme un argument commercial, mais également comme un argument pour réduire les coûts de production au détriment de l’environnement. Le site GoodonYou explique notamment à propos du matériau utilisé pour les DrMartens vegan qu’il peut être fait à partir de Polyvinyl Chloride (PVC) plastic, c’est à dire du pétrole transformé, “qui est catégorisé par Greenpeace comme un des plastiques les plus dangereux pour l’environnement”. Outre la menace pour l’environnement représentée par le produit fini, utiliser des matériaux issus du pétrole pose problème. Le transport d’hydrocarbure occasionne parfois d’importants désastres écologiques, comme la marée noire qui a touché le littoral français en 1999 après le naufrage du pétrolier Erika.

Sous couvert de produits vegan, certaines marques peu scrupuleuses n’hésitent donc pas à mettre en danger l’environnement et la vie de nombreuses espèces.

Un impact général positif

Mais les marques vraiment impliquées évitent ces pratiques autant que possible. De manière générale, cette croissance de l’offre « vegan » dans le milieu de la mode est source de progrès. En effet, l’accès aux produits vegan est de plus en plus facile. Par exemple, à la fin de l’année 2017 la boutique Manifeste011 s’est ouverte à Paris. La boutique a été financée par crowdfunding (financement participatif) et s’engage à vendre des vêtements, chaussures et accessoires 100% vegan.

L’accès aux vêtements vegan est devenu plus facile, donc la visibilité du mouvement augmente et les consommateurs sont sensibilisés au respect des animaux. Ce sont ces consommateurs qui vont, par la suite, convaincre les marques de se montrer plus respectueuses de la cause animale. Ainsi, « En réponse aux demandes de ses clients, le groupe YOOX NET-A-PORTER a annoncé l’introduction d’une interdiction sur la fourrure et l’angora sur toutes ses plateformes. » explique l’association PETA, qui a récompensée la boutique YOOX avec le prix 2017 de la boutique en ligne de luxe la plus progressiste.

Les normes de production de matériaux vegan s’adaptent, avec l’apparition d’alternatives au cuir respectueuses de l’environnement, comme le faux cuir créé par MycoWorks, ou le Pinatex issu de l’ananas. De plus, de nouvelles tendances plus respectueuses de l’environnement émergent. Ainsi, l’utilisation de fausses fourrures et de faux cuirs augmente. La Fashion Week d’Helsinki a interdit le cuir pour juillet 2019.

« La mode c’est innover et anticiper. (…) La cruauté et l’irresponsabilité, c’est ça qui est démodé. » — Stella McCartney, Vogue (juillet 2017)

Des initiatives à plusieurs échelles

Les marques qui cherchent à produire des vêtements et chaussures vegan de qualité sont également souvent concernées par les conditions de production de leurs biens. Elles cherchent autant que possible à respecter des conditions de travail de leurs employés. C’est le cas de la marque Good Guys qui produit ses chaussures au Portugal. La marque Votch reverse également une partie de ces bénéfices à des associations.

Enfin, la prise de conscience des consommateurs entraîne l’évolution des habitudes de consommation, comme en témoigne la décision de la ville de San Francisco d’interdire la vente de fourrure neuve à partir de 2019.

Ainsi, si elle n’est pas parfaite, l’alternative vegan dans la mode est un vrai mouvement de fond aux multiples bénéfices qui propose une façon de consommer plus respectueuse. Et la croissance de l’offre vegan profite à une industrie trop souvent source de scandales, autant en terme écologiques qu’éthiques, comme l’effondrement du Rana Plaza en 2013 (voici ce qu’en dit l’express). Cette importante croissance du mouvement vegan dans la mode peut être liée à une prise de conscience générale de la mode sur les problèmes qu’elle génère. Des voix émergent pour critiquer les excès du milieu comme Lidewij Edelkoort dans son manifeste Anti-Fashion, ou l’émergence du mouvement slow fashion, qui s’oppose à la tendance de la « Fast Fashion » symbolisée par les grandes enseignes de prêt à porter qui ont émergé dans les années 1990.

Crédit photo : Collab’ Stella McCartney x Adidas Stan Smith