Les Iraniennes ou le mythe de la liberté

Les Iraniennes ou le mythe de la liberté

Les Iraniennes sont au coeur de l’actualité. Leur pays est un acteur majeur sur la scène internationale, notamment dans le domaine du nucléaire. Il est aussi régulièrement condamné pour les entorses faites aux droits fondamentaux. Dans ce contexte agité, les femmes prennent la parole.

En Iran, les femmes représentent la moitié des diplômés universitaires et presque la moitié de la population active. Elles sont avocates, professeurs d’université, personnalités politiques et médecins. Les femmes ont le droit de conduire, de voter, de fonder une association, de sortir seules. Pourtant le chemin vers l’égalité est encore long.

Les Iraniennes ou le mythe de la liberté

La cause féminine iranienne souffre d’une confrontation violente entre le discours politique et les faits. En effet, le régime revendique son intérêt pour la place des femmes dans le pays, mais il n’a toujours pas ratifié la « convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes » adoptée par l’ONU en 1979. Et après sa réélection en 2017, le président Rohani a présenté un gouvernement exclusivement masculin.

Alors que la Constitution proclame l’égalité des sexes, la réalité juridique est toute autre. Les inégalités sont multiples : héritage inégal, privation de responsabilité parentale, interdiction des relations sexuelles hors mariage, défense d’entrer dans les stades de sport, interdiction de danser et de chanter en public…

« Les femmes de l’Iran moderne sont en grande partie privées de la protection juridique à cause d’un accès limité aux ressources financières et d’un système traditionnel proclamant la priorité des hommes dans tous les domaines importants de la vie. » — l’UNESCO, 1995, lors de la conférence internationale des femmes à Beijing

Les contradictions au sein du féminisme iranien

Les mouvements féministes iraniens existent. Mais leurs mobilisations sont différentes. Là où les femmes occidentales affichent un #MeeToo, certaines femmes Iraniennes revendiquent le #WhiteWednesday : exprimant ainsi leur volonté de choisir de porter le voile, ou non. Pour Mehrangiz Kar, « il y a des différences considérables entre les revendications des féministes américaines et celles des féministes iraniennes ». Le féminisme en Iran revendique la liberté des femmes dans l’espace public : la politique, l’éducation, le port obligatoire du voile. Les débats ne portent pas (encore) sur la libération sexuelle.

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Today is White Wednesday ! Regardez ces femmes : ces iraniennes ont décidé de prendre des photos aujourd’hui devant les postes de police, les mosquées et les ministères. C’est une manière pour elles de montrer leur protestation face aux institutions répressives de cette théocratie iranienne. Elles dénoncent ces institutions qui ont mis en place et qui maintiennent de manière effective la législation sur le port du voile obligatoire pour toutes les femmes en Iran. Les femmes iraniennes se battent pour la liberté de choix, d’accepter de porter ou non le hijab. Ce n’est pas un combat anti-hijab : voilà l’esprit du mercredi blanc. #WhiteWednesdays #NousSommesLeursVoix

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Par ailleurs, la condition féminine en Iran est intimement liée à la question religieuse. Deux mouvements cohabitent : l’un laïque, l’autre islamique. A priori, leurs convictions semblent se contredire. L’un se réfère à des thèses marxistes, libérales ou nationalistes. Il se base sur des conventions internationales et sur le modèle occidental. L’autre s’appuie sur le Coran et la tradition islamique ; pour en présenter une interprétation plus égalitaire. Mais leurs combats sont-ils divergents ? A en croire Azadeh Kian : « Les militantes islamiques des droits des femmes partagent plusieurs traits avec des courants féministes d’obédience séculière en ce qu’elles se positionnent contre la vision conservatrice […] fondée sur une analyse biologique qui naturalise et essentialise les différences entre les sexes. ». L’objectif de ces deux mouvements reste le même : l’égalité.

L’espoir d’une (r)évolution

Comment aborder cette lutte sans citer Maryam Radjavi ? « Le jour où les femmes en Iran vaincront l’intégrisme religieux, la liberté et l’égalité feront un grand pas dans le monde entier. Et ce jour n’est pas loin. », clamait-elle à Paris au printemps dernier. Fervente opposante du régime, Maryam Radjavi est à la tête du Conseil national de la Résistance iranienne. Elle invite les femmes et les hommes à prendre part au combat contre la misogynie, et se bat pour un Iran plus égalitaire, mais aussi plus démocratique, plus ouvert au monde et plus respectueux de l’environnement.

Les soulèvements qu’a connus le pays à la fin de l’année 2017 sont la preuve que la révolte iranienne n’est pas morte. Le peuple descend dans les rues. Il hurle la fin du régime, du chômage et de la crise. En Europe et partout ailleurs, la diaspora iranienne s’organise : conférences, débats et manifestations. Le combat continue.

Article rédigé par Anne Ramahandriarivelo

Crédits : « Regards iraniens », Laurent Perpignan Iban 

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