Le phénomène du « franglais » à la fac

Le phénomène du « franglais » à la fac

« On se fait un call ASAP pour checker le nouveau process de la boite ? » Vous avez compris cette phrase ? Bravo vous parlez le « franglais » ! Véritable phénomène depuis ces dernières années avec l’essor d’Internet, qui induit une facilité d’apprentissage décuplée de cette langue, le franglais est déjà massivement présent dans le monde de l’entreprise. Cette manifestation tente désormais de s’imposer dans le domaine universitaire.

Cultural studies, task system, gatekeepers. Dans nos cours d’histoire, de sociologie, d’économie ou de géographie, ces mots anglais deviennent le centre névralgique de la phrase. Le français est relayé à l’usage de mots faisant juste office de connecteurs logiques ou des mots de liaison.

Pourquoi ces mots anglais ne sont-ils pas traduits dans nos cours ? Certains me répondront que ces mots, étant le fruit de recherches anglo-saxonnes, ne doivent pas être traduits pour rappeler la paternité de leurs découvertes. Or, nous observons que cette logique ne s’adresse presque qu’essentiellement aux mots d’origine anglaise. En effet, nous parlons aujourd’hui de « lutte des classes » et pas de « Klassenkampf », concept qui a pourtant été théorisé par Marx et Engels, deux économistes allemands. Ou plus récemment, l’ensemble des théories françaises déconstructivistes sont apprises de par le monde sous le nom de « French theory ».

Le franglais, symbole de l’impérialisme linguistique américain ?

En vérité, dès les années 1990, les travaux de Robert Phillipson montraient déjà les rapports entre langue et domination culturelle, au coeur même de ce qu’il appelle « l’impérialisme linguistique ». Cette forme particulière de l’impérialisme se comprend déjà aisément dans les anciennes colonies britanniques (Inde, Pakistan, Ouganda, …). Mais elle tend également à s’imposer dans les pays d’Europe continentale. Le « franglais » devient alors une « langue de l’élite », déjà très présente dans le monde de l’entreprise mais qui tend donc de plus en plus à s’imposer dans le monde universitaire.

Cette idée est à la base du néo-colonialisme tel que défini par Philippson. La phrase d’un rapport du « British Council » (dont le but est de promouvoir l’apprentissage de l’anglais dans le monde) est également très parlante « L’anglais doit devenir la langue dominante, remplaçant les autres langues et leur vision du monde ». En effet, comment penser de façon critique et universitaire l’économie mondiale si tous nos concepts et notions proviennent des Etats-Unis ?

D’autres régions du monde, comme le Québec francophone, nous montre également que d’autres voies sont possibles, notamment via la lutte active de l’Office québécois de la langue française, dont le rôle est de veiller à ce que le français reste la langue du commerce, des échanges et du monde universitaire. Le gouvernement français a, quant à lui, abandonné depuis le début des années 2000 la lutte contre le « franglais ». Néanmoins, il peut être de notre responsabilité quotidienne de remettre en question ce phénomène…

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