Thibaut, Romain, Julian et les autres : objectif grand tour

Thibaut, Romain, Julian et les autres : objectif grand tour

La France rêve d’un successeur à Laurent Jalabert, dernier vainqueur d’un grand tour il y a 24 ans. La nouvelle génération pourrait y parvenir dès la saison prochaine, si elle arrive à combiner talent et réussite.

Innsbruck, Autriche, 30 septembre 2018. A 10 kilomètres de la ligne d’arrivée des championnats du monde, le titre semble acquis à la France. La fusée tricolore est en place : Bardet-Pinot-Alaphilippe ouvrent la route dans la dernière ascension, le redoutable mur de Gramart. Mais le train bleu-blanc-rouge se disloque dans les derniers mètres, laissant finalement l’Espagnol Alejandro Valverde l’emporter. Tout un symbole pour une « génération dorée » qui peine tant à concrétiser.

Après 2018, tous les espoirs sont permis

La saison 2018 de cyclisme sur route s’est achevée, une des meilleures pour le cyclisme français du XXIème siècle. La « génération dorée », rêvée et attendue depuis près de 20 ans, est enfin une réalité. La France a des coureurs capables de rivaliser sur tous les parcours. Et plus de deux décennies après la victoire de Laurent Jalabert sur le Tour d’Espagne, un coureur français peut accéder au graal suprême : gagner le grand tour.

Thibaut Pinot s’est illustré sur le Giro et la Vuelta. Impérial en montagne, libéré d’un Tour de France, souvent un fardeau pour lui, le Franc-Comtois a rivalisé avec les tous meilleurs pendant 3 semaines. Et il n’était pas loin de l’exploit sur les routes italiennes. Pas d’effet coupe-jambes sur le Tour de France pour Julian Alaphilippe, vainqueur de deux étapes avec la manière, apothéose d’une saison quasi-parfaite. Enfin, si Romain Bardet n’a pas levé les bras en 2018, ses bons résultats sur les courses d’un jour ont été récompensés. Une belle médaille d’argent aux Championnats du Monde à Innsbruck est la preuve que le leader de l’équipe AG2R LA MONDIALE peut être au rendez-vous là où on l’attend. Il reste à concrétiser.

Un tour taillé sur mesure

Et si la forme de nos champions est la même en 2019, cela pourrait faire des étincelles. Le Giro, après une édition 2018 excessivement montagneuse et spectaculaire, devrait être plus classique. Avec une première partie qui sera davantage réservée aux sprinteurs, puis des étapes de moyennes et hautes montagnes. Mais avec ses cols aussi pentus que redoutables, le Tour d’Italie devrait encore nous réserver du spectacle. Surtout pour une course traditionnellement bien plus ouverte que le Tour de France.

Les organisateurs de ce dernier, à l’image de Christian Prudhomme, donnent d’ailleurs un coup de peps à l’édition 2019. Le tracé est piégeux, les longues et inintéressantes étapes de transition ont presque disparu. Avec seulement 54 kilomètres de contre-la-montre, dont 27 en équipe, la parole sera donnée aux grimpeurs. Et ce n’est pas pour déplaire à nos Français. Or Bardet et Pinot ont déjà annoncé se concentrer sur le Tour en 2019 !

Le cyclisme, un sport individuel par équipe

La Sky l’a montré. Pour gagner un grand tour, il faut un collectif hors du commun. Le cyclisme moderne est avant tout un sport d’équipe, et un leader isolé sera bien souvent inexistant face au train d’une formation parfaitement organisée. Situation bien frustrante que connaissent parfaitement Romain Bardet et Thibaut Pinot. Les équipes françaises se sont depuis quelques années professionnalisées. Mais il demeure un manque chronique de soutien en montagne comme en plaine, pour pallier les coups de bordures ou être performant sur des contre-la-montre par équipe. Or l’arrivée de rouleurs chez AG2R, et nombre de bons grimpeurs et coéquipiers exemplaires dans la Groupama-FDJ, renforcent la densité de ces équipes. Ils poussent nos Français à approcher la victoire. Enfin, si Julian Alaphilippe jouait le général d’un grand tour, nul doute que la Quick-Step aurait les moyens de l’aider dans cette aventure.

Un sans-faute, voilà ce qu’il faut. Les Français n’ont pas la marge d’erreur que peuvent s’autoriser des Froome ou Dumoulin, surpuissants dans les exercices solitaires. Vigilance aux mauvais placements, aux fautes d’inattention. Bardet, Pinot, Alaphilippe, peut-être, à terme, mais aussi Barguil, Rolland ou le jeune David Gaudu se doivent d’être parfaits pour être un jour vainqueurs.

Messieurs, à vous de jouer, il est grand temps de retrouver le chemin de la victoire !

Crédit photo : Romain Bardet attaque Alejandro Valverde et Gianni Moscon dans le mur de Gramart, Innsbruck 2018. Pier Maulini/IPP/Press Sports

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