“Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été”, un émouvant hommage à l’Algérie

“Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été”, un émouvant hommage à l’Algérie

Troisième pièce d’Anaïs Allais, Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été invite à questionner les liens entre petite histoire et grande Histoire avec une douceur et un enthousiasme remarquables.

Une quête d’identité

Lilas (Anaïs Allais) et son frère Harwan (François Praud) sont nés d’une mère algérienne, qui ne parle jamais de son pays d’origine. Si Harwan se désintéresse de cette partie de son histoire, Lilas est, quant à elle, préoccupée par son identité, qui devient une quête. Elle travaille avec Méziane (Méziane Ouyessad), Algérien récemment arrivé en France, pour apprendre à parler arabe. Cette rencontre la décide à préparer un voyage à Alger pour retrouver sa famille maternelle, malgré une grave maladie qui pousse ses proches à essayer de l’en dissuader.

Lilas apparaît comme un double d’Anaïs Allais et incarne son cheminement : comment appréhender une identité plurielle dont on ne sait rien ? Comment concilier ces deux pays, ces deux mémoires, ces deux passés en soi ? Au fil de la pièce, c’est Harwan qui devient le dépositaire de ces questions. Il tente à travers elles de retrouver sa sœur, et finalement de se trouver lui-même.

Les réponses s’ébauchent à deux, ou plutôt tous ensemble, et surtout en musique. La chanson chaâbi « Chehilet Laayani », apprise tour à tour par le frère et la sœur, revêt l’importance symbolique d’un apaisement : le tumulte intérieur des personnages semble cesser enfin.

Entre racines et Histoire

Anaïs Allais prend comme point de départ de sa création son grand-père maternel, Abdelkader Benbouali. Ce footballeur professionnel algérien fut l’un des premiers à intégrer un club métropolitain. Il fut champion du monde avec l’OM en 1937. Abdelkader est ensuite rentré en Algérie, a collaboré avec le FLN, et a été arrêté par les autorités françaises. Il ne fut sauvé que parce que le lieutenant chargé de l’interroger était un grand fan de l’OM.

Abdelkader Benbouali fut, comme l’écrit sa petite-fille, un “frôleur ” de l’Histoire. C’est ce frôlement qui l’a inspirée pour mettre en scène une jeune génération qui cherche à concilier petite histoire et grande Histoire, à renouer avec ses racines.

L’utilisation de différents supports artistiques – la musique, la vidéo – pour compléter le jeu des comédiens témoigne de cette volonté de relier la fiction et la réalité. La pièce toute entière se tient en équilibre sur cette frontière, notamment incarnée par Méziane, à la fois technicien son du théâtre Le Grand T et personnage. La mise en scène elle-même reflète ce parti-pris : le bureau de Lilas, seul meuble sur le plateau, change de place selon l’état d’esprit des personnages et la temporalité de la pièce.

Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été se veut ainsi l’illustration d’un passé qui refuse de s’effacer, qui s’ancre dans le présent. Anaïs Allais signe une œuvre toute en simplicité et délicatesse, et la salle ne peut qu’accompagner le cheminement des personnages avec une tendresse toute particulière.

Informations pratiques

  • Jusqu’au 1er décembre à 19h à La Colline – Théâtre National de Paris, 15 rue Malte-Brun, 75020 Paris
  • Réservation sur le site ou au 01 44 62 52 52

Crédit photo : Simon Gosselin

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