La Slow Fashion ou comment changer l’industrie de la mode

La Slow Fashion ou comment changer l’industrie de la mode

Des prises de conscience commencent à émaner de tous les acteurs de cette industrie, du plus grand créateur au plus petit consommateur. Leur objectif : changer l’industrie de la mode pour en faire une industrie propre et responsable.

De New-York à Paris, en passant par Londres et Milan, les créateurs regorgent d’imagination pour offrir à leur clientèle des shows toujours plus extravagants. Les enseignes se battent pour offrir des vêtements à des prix défiant tout concurrence. L’industrie de la mode génère un chiffre d’affaires un peu plus important chaque année. Mais quid de la Slow Fashion ?

Dans quel monde Vuitton ?

L’industrie de la mode est aujourd’hui la deuxième industrie la plus polluante au monde derrière la production de pétrole. Elle a été complètement transformée par les effets de la mondialisation (accès à de nouveaux marchés, création de nouvelles usines et naissances de nouveaux consommateurs). Résultat : nos vêtements ont déjà fait le tour du monde avant de se retrouver sur nos épaules.

Nous vivons désormais dans une ère du jetable. Les créateurs produisent en masse des vêtements de mauvaise qualité, peu chers dont la durée de vie est limitée. Ce ne sont plus 4 mais presque 52 saisons que nous voyons défiler chaque année dans les vitrines des magasins.

Si l’industrie du vêtement est parvenue à ce niveau de production c’est notamment grâce à la baisse constante de ses coûts. La délocalisation d’usines en Inde, en Chine ou au Bangladesh assure aux entreprises l’accès à une main d’œuvre bon marché, efficace et flexible. Le coût des matières premières semble diminuer avec l’usage du coton transgénique BT. Celui-ci nécessite pourtant l’utilisation intensive de pesticides provoquant de sérieux dégâts sur l’environnement et sur les personnes qui y sont exposées.

L’accès à des vêtements bon marché et en quantité crée un modèle de surproduction dont il est difficile de sortir. En effet, le consommateur peut acheter en masse des vêtements de mauvaise qualité à petit prix. Ces derniers, vue la quantité, resteront à coup sûr stockés au fond des placards. Ou il peut décider, conscient de son niveau de surconsommation, de déstocker et de donner, provoquant cette fois un problème de déchet textile. Car le don et le recyclage peuvent être une solution au problème. Mais le don s’il est excessif détruit les industries textiles locales dans les pays où sont envoyés les vêtements.

Alors osons poser la question : quelle est la finalité du recyclage à ce prix quand il faudrait plutôt ralentir la consommation ?

Ce modèle de “fast fashion” va de la conception du vêtement à sa vente, en passant par la production de la matière première, et sa confection. Mais aujourd’hui il n’est pas un modèle économique soutenable. Il pollue trop largement et se fonde sur un consumérisme effréné. Ce dernier nous confronte d’abord à un problème de déchets mais surtout à une production dévastatrice.

Dès lors, quelle solution pour satisfaire l’insatiabilité du consommateur en respectant une industrie soutenable et écologique ?

Quelle industrie pour l’avenir ?

Le mouvement de la slow fashion s’oppose à la mode conventionnelle. Le terme est apparu pour la première fois en 2007 dans un article publié dans la revue The Ecologist. L’auteur Kate Fletcher rapprochait l’industrie de la mode éthique et durable au mouvement de la “slow food”. Ce mouvement était né deux décennies plus tôt pour sensibiliser les citoyens à l’éco-gastronomie.

L’objectif de ce mouvement est de parvenir à une industrie qui promeut un mode de production et de consommation écologique, éthique et soutenable. Dans ce modèle, les créateurs portent une attention particulière à la matière première. Ils s’intéressent à sa provenance, à la façon dont il a été produit et surtout où et par qui. Cette démarche s’intéresse aussi à la fabrication finale du produit. Pour créer un vêtement plus éthique qui tente de rémunérer l’employé(e) à son juste prix.

Les matériaux et les formes des vêtements sont également choisis pour durer. Ils sont de meilleure qualité et résistent plus longtemps : c’est une vision sur le long terme. Conséquence inévitable, le coût de production du vêtement augmente par rapport à un produit similaire de grande consommation.

Mais les coûts de ces vêtements produits par les grandes multinationales de la mode sont faussés. Les économies d’échelle faites par ces entreprises leur permettent de baisser toujours plus le coût unitaire du vêtement. Un avantage classique d’une production de masse mais qui ne s’offre pas toujours à une petite ou une moyenne entreprise qui elle, n’est pas en mesure de faire baisser autant ses coûts.

Il faut donc réapprendre à investir la même somme d’argent dans non pas deux ou trois pulls mais bien un seul qui tiendra trois fois plus longtemps.

Au delà de l’aspect éthique et écologique de la fabrication du vêtement, le mouvement de la slow Fashion nous invite également à repenser notre consommation. Nous ne pouvons plus nous permettre de penser le vêtement comme un bien jetable. Il faut apprendre à le ménager pour augmenter sa durée de vie. Mais aussi savoir s’en séparer pour lui donner une autre vie. Et surtout ne pas acheter seulement quand on ressent un besoin incompressible de consommer …

Crédit photo : The True Cost, documentaire réalisé par Andrew Morgan, mai 2015

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