Orelsan est-il féministe ?

Orelsan est-il féministe ?

Le 15 novembre dernier, Orelsan a sorti La fête est finie – EPILOGUE, une réédition de son album avec onze nouveaux titres. L’occasion de se questionner sur son évolution artistique mais aussi sur ses engagements. Et plus particulièrement sur son rapport à la cause des femmes, depuis ses débuts jusqu’à aujourd’hui. Car loin d’être misogyne, Orelsan semble aujourd’hui utiliser le rap pour dénoncer des comportements abusifs à l’encontre des femmes.

« Arretez d’être bonnes, parce que j’arrêterai jamais d’être un homme »

 « Baisez-vous vous-mêmes / Parce que, moi, j’ai plus l’droit d’vous ken » ou « Arrêtez d’être bonnes, parce que j’arrêterai jamais d’être un homme ». Voilà quelques phrases choc qui jalonnent le morceau « Adieu les filles » qui fait écho au morceau «Meuf Bonne» sorti il y a un an. A première vue, cela ressemble à un discours légitimant le viol. Mais si ces lignes sont aussi incisives dans la bouche du rappeur, c’est qu’elles sont volontairement exagérées. Car Orelsan semble caricaturer le comportement de ces hommes qui, pour justifier leurs dérives, se disent esclaves de leurs pulsions ou plus lâchement, rejettent la faute sur les femmes elles-mêmes. Autrement dit, il dénonce le « slut shamming ».

Rappelons que début novembre, une jeune irlandaise de 17 ans a traîné son violeur en justice, mais que celui fut acquitté. La raison ? Selon son avocate, le string porté par la victime était une « preuve de consentement ». Suite à cette affaire, de nombreuses irlandaises ont organisé une manifestation. Elles ont brandi des pancartes où l’on pouvait voir inscrit « This is not a consent » (‘Ceci n’est pas un consentement’) avec un string accroché en dessous du message. Accuser les femmes d’être fautives de leur agression par la manière dont elles s’habillent, voilà ce qu’est le « slut shaming ».

 « J’ai gagné tous mes procès, mes textes étaient mieux quand le juge les posait »

Cependant, en 2016, Orelsan était relaxé dans le cadre d’un procès intenté par le collectif « Ni Putes, Ni Soumises » pour incitation à la haine et à la violence, après la sortie de son titre « Sale Pute ». La cour avait d’ailleurs prononcé, à la fin du procès, que le rap est « par nature, un mode d’expression brutal, provocateur, vulgaire, voire violent puisqu’il se veut le reflet d’une génération désabusée et révoltée. »

Aujourd’hui le rappeur ironise sur ce procès, il déclare dans son morceau Discipline : “J’ai gagné tous mes procès, mes textes étaient mieux quand le juge les posait”. Mais il n’en garde pas moins un goût amer. Il se désole de la mécompréhension de ses textes et de la stigmatisation du rap comme contenu violent et porteur de messages ouvertement misogynes.

De même, dans une interview donnée sur le plateau de Quotidien pour la sortie de La fête est finie, Orelsan disait regretter que ses chansons, souvent ironiques, soient mal comprises. Il déplorait que pendant son procès, ses paroles aient été sorties de leur contexte. Aujourd’hui, il est loin de l’image du jeune rappeur immature aux textes constamment provocateurs mais n’a pas perdu cette écriture ironique, décalée et choc.

« Mais pourquoi on n’aime pas les féministes déjà ? »

Dans un épisode de Bloqués (mini-série réalisée par Kyan Khojandi) intitulé « Le féminisme », Gringe (le deuxième membre des Casseurs Flowters) développe à un Orelsan candide sa vision du féminisme. Il lui explique que les femmes qui occupent le même poste que d’autres hommes touchent moins d’argent qu’eux car ce sont des femmes. Ce à quoi Orelsan répond « Mais c’est injuste ». L’épisode, par son angle absurde, fait alors surgir l’incohérence du système actuel envers les femmes. Injustice à laquelle Orelsan, co-auteur de la série, semble être sensible.

Alors Orelsan est-il féministe ? Pas si simple à dire. Mais quoi qu’il en soit, il semble soutenir la cause des femmes. On remarquera déjà l’absence de femmes objets et bikini sur de grosses voitures dans ses clips. Son rap n’incite donc pas à la haine mais il est bien une manière intelligente et détournée de transmettre des messages percutants. Son morceau “La petite marchande de porte-clefs” sorti en 2014 dans l’album Le Chant des Sirènes, en est d’ailleurs un bon exemple. Si vous ne l’avez jamais écouté, allez-y ! Il vaut le détour !

Crédit photo : Jean Cournet, Libération

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