La victoire de Bolsonaro et le futur incertain de la démocratie brésilienne

La victoire de Bolsonaro et le futur incertain de la démocratie brésilienne

Née après deux décennies de dictature, la démocratie brésilienne jeune de 33 ans est en péril. Le 28 octobre dernier, Jair Messias Bolsonaro a été élu avec 56% des voix. Le président élu du parti de droite PSL déstabilise-t-il la démocratie brésilienne ?

Bolsonaro est connu pour ses idées conservatrices. Il défend ardemment la religion catholique. Pourtant le Brésil est un pays laïc depuis 128 ans. Il semble faire rejaillir les principes de la dictature. Il était capitaine de l’armée. Et les stéréotypes de la famille traditionnelle sont remis au goût du jour- même si lui-même en est à son troisième mariage. Bolsonaro nous fait donc nous demander si son gouvernement, et ses idéaux contradictoires, sera vraiment en phase avec les fondements républicains.

Les mesures mises en avant par le nouveau président

Bolsonaro a promis de mettre fin à la corruption dans le pays. Ainsi il a convaincu une grande part des Brésiliens exaspérés face à l’impunité. Toutefois il a nommé Onyx Lorenzoni au Ministère de la Maison Civile. Ce dernier a admis avoir reçu de l’argent illégal pendant sa campagne pour être député fédéral du Rio Grande do Sul.

L’année dernière, au cours d’une interview, Onyx a avoué faire partie du cercle de corruption de la JBS.  C’est une des plus grandes entreprises de viande au monde. Et elle a été dénoncée comme l’une des principales impliquées dans l’investigation Lava-Jato. Cette investigation lutte contre la malversation dans le pays. Il a également confessé avoir reçu environ 100 mil reais (25 000€) pour couvrir les dépenses de sa campagne électorale. Cependant, le choix d’Onyx pour le poste semble raisonnable pour Bolsonaro.

Sergio Moro Ministre de la Justice

La seconde nomination qui a suscité des questionnements est celle du juge Sergio Moro. Ce dernier assumera la fusion du Ministère de la Justice avec le Ministère de la Sécurité Publique. c’est un spécialiste en crimes de blanchiment d’argent à l’université de Harvard (États-Unis) et commandant de l’Opération Lava-Jato. Dès mars 2014, il a condamné 140 personnes (entrepreneurs, politiques, lobbyistes et négociants de dóllar) pour corruption. Le principal d’entre eux est l’ex-président Lula, au mois d’avril.

Il est sans aucun doute à l’origine des transformations amenées dans le cadre de la diminution de l’impunité. Car il a mené une lutte fervente et sans précédent contre la corruption. Mais il est aussi celui qui a mis derrière les barreaux l’unique personne qui aurait pu battre Bolsonaro: Lula. Pour cette raison, certains se demandent si sa nomination est une coïncidence ou une gratification.

Bolsonaro et la presse alternative

Dès le début, les relations entre Bolsonaro et la presse traditionnelle n’étaient pas très amicales. Cette dernière regroupe les émissions de télévision et de radio, les journaux et les magazines. Son temps de parole à la télévision était de 8 secondes par jour pendant la campagne. Cela s’explique par la faible représentation de son parti à l’Assemblée Nationale et le peu de coalitions dont il fait partie. Par conséquent, l’outil médiatique qui atteint la majorité des citoyens n’était pas en sa faveur.

Pour cette raison, le candidat s’est inspiré de Donald Trump et s’est jeté sur les réseaux sociaux. Il denombre plus de 20 millions de followers si l’on somme ses profils Twitter, Facebook, Instagram et Youtube. Ainsi il a gagné des sympathisants en refusant d’aller aux débats. Par ailleurs, pour la première fois il n’y a pas eu de débat au deuxième tour d’une élection présidentielle depuis le retour du régime démocratique en 1985.

Rappelons que le candidat élu a été attaqué au couteau lors d’un rassemblement de campagne. Dans ces circonstances, il peut paraître compréhensible de ne pas aller débattre avec ses adversaires. Néanmoins, l’attaque s’est passée le 6 septembre et Bolsonaro a reçu une décharge le 28, après 23 jours d’hospitalisation. Son médecin l’a cependant autorisé à participer, s’il tel était son désir.

Signes de censure

Le 1er novembre, Bolsonaro a donné sa première conférence de presse, chez lui. Mais les portes de sa maison n’ont pas été ouvertes à tous les journalistes. Les principaux journaux brésiliens, comme la Folha de S.Paulo, Estadão et Globo n’ont pas eu le droit d’entrer. La raison avancée par le conseiller du président est la taille de l’espace. Ensuite, Bolsonaro a déclaré qu’il n’avait déterminé aucune interdiction pour aucun journal.

Cependant, ceux qui n’ont pas reçu d’invitation sont les mêmes qui l’ont critiqué pendant sa campagne. Par ailleurs Bolsonaro accusa certains journalistes de la Fohla de S.Paulo de relayer des “fake news”. Ces accusations sans fondement se sont révélées fausses. De plus, Le président a décidé de traîner en justice le journal qu’il définit comme “détruit par lui-même”. Le procès se tiendra le 1er janvier.

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