Leone, pour petits et grands (cinéphiles)

Leone, pour petits et grands (cinéphiles)

Compte-rendu de l’exposition Sergio Leone à la Cinémathèque Française

Une occasion que la rubrique cinéma ne pouvait pas sécher. Ce sont donc deux rédacteurs qui se sont rendus à la Cinémathèque pour découvrir cette exposition. Vieux briscard du Western et jeune novice de l’Ouest, ils sont revenus conquis ! Donc foncez, vous avez encore jusqu’au 27 janvier 2019.

Pierre de La Forest, M2 Cinéma à Panthéon-Sorbonne

Gros consommateur de DVDs depuis ma tendre enfance, j’avais un goût prononcé pour les films d’époque. Cape et épée, films de guerre, péplum… C’est d’ailleurs à travers un péplum un peu tardif que s’était ouvert à moi le monde du western américain : El Cid d’Anthony Mann. Je découvrais ensuite L’homme de la plaine du même Anthony Mann, très vite suivi des chefs-d’oeuvres de John Ford (La Chevauchée FantastiqueLa Prisonnière du DésertLes Apaches, et j’en passe…).

Ainsi, lorsque ma mère, la jaquette de Mon nom est personne à la main, me proposa un Western Spaghetti, j’eus un mouvement de recul. J’avais sacralisé le Western, or, associer la figure durcie de John Wayne à un plat long, mou et grouillant me paraissait une hérésie. Il faut dire que j’étais à cet âge où l’on dit non à tout ce qui ne vient pas de nous alors même que tout nous vient des autres.

Finalement, je découvris Sergio Leone avec le plus Spaghetti de ses Westerns, c’était bien Mon nom est personne. Alors, que dire ? Cela n’avait finalement plus grand chose à voir avec mes Westerns préférés. Le rythme lent et dramatique du destin d’un shérif solitaire se substituait aux farces toutes plus riches les unes que les autres. Je plongeais, comme un gosse (j’étais un gosse, mais je replongerais de la même manière en voyant le film à nouveau), je plongeais donc dans cet univers foisonnant où ce qui est le plus intéressant n’est pas l’issue du duel, mais le duel lui-même.

En vieillissant, je suis passé par Il était une fois dans l’OuestLe Bon, la Brute et le TruandPour quelques dollars de plus, etc. Jusqu’à la nouvelle révélation, en dehors du Western cette fois : Il était une fois en Amérique. C’est là que mon regard enfantin devint plus sérieux et observateur, pour considérer Sergio Leone non plus comme un génie du divertissement, mais un génie, tout court. Alors j’ai tout revu, différemment, car même dans Mon nom est personne, le fond compte autant que la forme.

Pourtant, les années passent, et même nos plus grandes références s’éloignent. Je n’ai jamais cessé de vanter les mérites du cinéaste, mais je crois avoir oublié un instant son génie. À l’exposition de la Cinémathèque Française, de nouveau, ça m’a frappé de plein fouet. Tout ce que Leone touchait devenait génial. Pensez à la gueule de ses acteurs, des stars comme Eastwood ou Henri Fonda, qui se sont retrouvées salies, barbues, l’oeil brûlé par le soleil de l’Ouest… J’avais oublié, mais la salle 4 de l’exposition était là pour me le rappeler.

Autre rappel à l’ordre, Sergio ne serait Leone sans Morricone. Ennio de son prénom, le compositeur et chef-d’orchestre a donné à l’oeuvre du cinéaste une nouvelle dimension, comme le dis l’exposition : « une nouvelle couche narrative » se superposant aux images. On se demande presque si celles-ci n’accompagnent pas la musique plutôt que l’inverse. Merci aux exposants de nous l’avoir rappelé, offrant aux visiteurs cette musique omniprésente qui raconte tant de choses à mon coeur d’enfant.

Il était une fois… Sergio Leone. Quel meilleur intitulé pour ce voyage au coeur de l’oeuvre de ce cinéaste incontesté. À l’image de ses films, l’exposition Sergio Leone appelle à plonger la tête la première entre photos d’archives, éléments de décors, scènes coupées et interviews, entre autres.

Claire Angot, M2 Langue française à Sorbonne Université

Le western et moi, ça a mal commencé. Je l’ai découvert petite fille et c’était pour moi le film des adultes, des parents, des vieux quoi. Mes yeux d’enfants n’y voyaient que d’antiques images, des péquenauds mal rasés et agressifs à la voix grésillante. Bref : “pas intéressant”. D’autant que, circonstance aggravante, le western c’était le film des garçons, de ces brutes qui règlent leurs comptes au pistolet. Affront ultime peut-être, ce coffret DVD de western sous le sapin, offert par mon oncle cinéphile… Imaginez ma déception, et la mauvaise foi avec laquelle j’ai regardé d’un œil indifférent mon premier Sergio Leone, Le Bon, la brute et le truand. Sans surprise, j’ai détesté, par principe.

Depuis, ma vision du western n’avait pas beaucoup évolué : vagues images de far west, de duels faciles, des morts en pagaille… Mais, si j’ai découvert une chose, c’est qu’il m’arrivait de me tromper, et même parfois de changer d’avis. Je me suis donc laissée tenter par l’exposition proposée par la Cinémathèque française, juste pour voir, sait-on jamais.

Si la première salle consacrée au parcours et à l’histoire du réalisateur ne m’a pas transportée, petit à petit je me prends au jeu. On nous expose les inspirations de Sergio Leone : Goya, Degas, on peut donc faire des westerns et aimer la peinture ? Mieux, je découvre que Sergio Leone compose parfois ses plans comme des tableaux. Ludique donc, cette exposition qui nous fait voir le créateur à l’œuvre : plans et tableaux mis en face à face, planches de story board, scénarios, coulisses des bruitages… Ludique encore pour cette grande salle aux portraits réversibles : d’un côté le Clint Eastwood à gueule d’ange, de l’autre, le brigand. Sergio Leone, magicien ?

Mais ce qui m’a sûrement le plus enthousiasmée c’est l’expérience assez immersive que propose l’exposition. Les compositions d’Ennio Morricone bercent les visiteurs dans les salles ; les costumes et les accessoires de tournages ponctuent la visite. Des écrans de toutes tailles présentent des extraits de films. Sans rien connaître du récit auquel ils sont arrachés, je les regarde d’un œil complètement naïf. Pas de suspense donc, mais je les trouve peut être d’autant plus beaux qu’ils se suffisent à eux- mêmes. Quelques minutes à peine qui laissent un goût de revenez-y !

Et ça marche, ma résistance est vaincue, je meurs d’envie de voir un Sergio Leone. Heureuse coïncidence, la cinémathèque propose une rétrospective, il n’y a plus qu’à choisir ! Et il se pourrait même que j’exhume mon coffret DVD de son emballage plastique…

Hits: 62