Klimt à l’Atelier des Lumières : Vienne s’invite à Paris

Klimt à l’Atelier des Lumières : Vienne s’invite à Paris

Qui a dit que la technologie pourrait tuer l’art ? L’Atelier des Lumières nous prouve le contraire en ce moment même en utilisant cette technologie pour sublimer le peinture de Klimt grâce à la projection des œuvres sur les murs de cet atelier désaffecté. Une expo originale comme on en a rarement vu.

Les motifs fleuris et colorés de Klimt évoluent en douceur sur les murs de l’Atelier

Un voyage dans l’espace et dans le temps

Ce spectacle de sons et lumières nous emmène d’abord dans la Vienne de la fin du XIXe siècle. Les 140 projecteurs et les 50 haut-parleurs nous font entrer dans le Kunsthistorisches Museum puis dans le Burgtheater où les fresques de Klimt nous accueillent. La peinture et l’architecture se croisent et s’entremêlent au son d’une valse, viennoise évidemment. Klimt a en effet participé à la décoration de la cour intérieure du musée en 1879, et a peint l’escalier du théâtre entre 1886 et 1888, lorsqu’il n’était encore que décorateur. Mais déjà à cette époque son style se détache de celui de ses collègues.

Apparaît ensuite le décor du palais de la Sécession, qui devient le lieu d’un nouveau courant créatif viennois qui souhaite régénérer l’art. Les peintres et décorateurs commencent alors à utiliser l’or en ornement pour donner un caractère somptueux aux façades. En 1897, Klimt est l’instigateur du groupe des sécessionnistes. Leur but est de réformer la vie artistique et de s’éloigner de l’académisme.

Un artiste qui aime mélanger les genres

Le style de Klimt s’imprègne alors du symbolisme. Il utilise de plus en plus l’or, qu’il a découvert dans des mosaïques byzantines mais aussi grâce à la peinture grecque, égyptienne ou même japonaise. Sa Frise Beethoven, qui représente la Neuvième Symphonie, est présentée au palais de la Sécession en 1902. Selon le peintre lui-même, il s’agit là d’une « œuvre d’art totale » puisqu’elle réunit peinture, musique et architecture. Le lien entre peinture et musique était donc déjà présent chez l’artiste. Le spectacle ne fait que sublimer cette relation. L’exposition immersive rend d’ailleurs hommage, avec justesse, au croisement des arts en général, si cher à Klimt. Les murs de l’Atelier, recouverts par les projections colorées, rappellent les premières fresques de l’artiste.

Vous pourrez aussi apercevoir quelques œuvres d’Egon Schiele sur les murs de l’ancienne usine puisque lui et Klimt se sont mutuellement influencés.

Le Baiser

La nature : le passage de l’or à la couleur

Vient ensuite le thème de la nature. Klimt a en effet effectué plusieurs toiles représentant des paysages d’une extrême sérénité. L’artiste avait pour habitude de peindre sur le motif, en extérieur, à la mode impressionniste, puis de terminer ses toiles en atelier. Avec le paysage, il explore un thème nouveau pour lui. Sa peinture en ressort encore plus riche de couleurs et de formes géométriques. Si bien qu’il abandonne progressivement l’or et développe d’autant plus les possibilités qu’offrent les couleurs. Cela lui vaudra d’être parfois considéré comme fauviste.

Klimt et les femmes

Klimt sublime, honore et sacralise la femme, la muse du peintre et de l’art. Il la peint avec splendeur et volupté. Le peintre autrichien ne craint pas l’érotisme ou l’étrange. Au contraire, il peint parfois des toiles où la femme est asymétrique ou bien sans relief. Mais elle est toujours riche d’une ornementation lumineuse et sensuelle qui lui procure une aura mystérieuse. Une œuvre qui montre la beauté féminine donc mais aussi la vieillesse, la douleur, la chair crue de la femme qui a enfanté et dont le corps a perdu de sa superbe. L’artiste représente la femme dans dans tous ses états sans oublier ceux que les peintres académiques mettent de côté. Car même le corps abîmé conserve une certaine noblesse sous le pinceau de Klimt

Une exposition hors du commun

Alors qu’une exposition classique touche avant tout notre vue, ici notre ouïe est également sollicitée. C’est donc une explosion des sens qui émerveille autant qu’elle fascine. Une exposition immersive qui enchantera vos yeux et vos oreilles. Ce qui est certain, c’est que cette immersion renouvelle les codes de l’exposition en musée. A l’Atelier des Lumières, le spectateur ne fait qu’un avec l’œuvre. « Émerveillement, sensation de liberté et imprégnation totale » pour reprendre les mots d’une visiteuse. « On a une sensation de vertige, l’impression de vivre en nous l’exposition […] le sentiment d’être acteur tandis que cette peinture se glisse en nous ».

Si Klimt disait « on ne peut par ses actions et son art plaire à tous » ; ici, l’Atelier des Lumières gagne son pari et propose un spectacle qui envoûtera petits et grands. Une réussite pour l’inauguration de ce nouveau lieu de l’art parisien. « On sort de là comme d’un rêve. »

Profitez aussi de l’occasion pour découvrir le peintre moins connu Hundertwasser. Grâce aux thèmes récurrents de ses œuvres, comme la spirale, le navire, le pouvoir ou encore la pluie, le programme court de l’exposition nous enchante tout autant.

Les motifs géométriques et colorés de Hundertwasser

Infos pratiques

  • Exposition immersive Klimt jusqu’au 6 janvier 2019 / réalisée par Gianfranco Iannuzzi, Renato Gatto et Massimiliano Siccardi
  • ouvert tous les jours de 11h à 18h (nocturnes les vendredis et samedis jusqu’à 22h)
  • Atelier des Lumières, 38 rue de Saint Maur, 75011 PARIS
  • Accès : Métro ligne 3 Rue Saint-Maur ou Bus ligne 46
  • Tarifs : 9,5€ pour les -25ans / plein tarif = 14,5€

Article rédigé par Clarisse Portevin

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