PUPILLE, un film qui colle à la vie

PUPILLE, un film qui colle à la vie

Pupille, orphelin mineur en tutelle. Théo n’est pas la zone centrale de l’iris de l’oeil par laquelle passe les rayons lumineux mais la personne par laquelle passe toutes les émotions : les siennes et celles des autres.

Après ​Elle l’adore en 2014, Jeanne Herry réalise un nouveau film: ​Pupille​. Retour sur ce film sorti en salle le 5 décembre 2018.

Pupille raconte le parcours d’un bébé né sous X et de son adoption avec beaucoup de précision et de naturel sans jamais tomber dans le pathos. L’histoire se déroule en Bretagne, région chère au coeur de la réalisatrice. Les personnes qui lui ont livré leurs témoignages pour l’écriture de son scénario y sont aussi originaires. En effet, Jeanne Herry a rencontré différents professionnels, (assistantes sociales, familiales…) dans l’optique de représenter le plus fidèlement possible ce qu’elle appelle la “machine collective” qui se met en place pour gérer la transition entre l’enfant et sa future famille… Elle réussit remarquablement à représenter à l’écran cette “machine” sans rentrer dans une description mécanique des services sociaux, au contraire! Le film, tourbillon d’émotions et de personnes, nous emporte au coeur de l’adoption du petit Théo. Mais nous attachons aux hommes et aux femmes qui la rendent possible.

Mais quels sont les ingrédients qui font du long métrage un film à la fois juste et humain ?

Un univers méconnu expliqué avec simplicité

Le film apporte un éclairage sur le milieu de l’adoption. On y découvre la maman qui accouche dans le secret. Mais aussi les différents services qui prennent en charge le pupille. Ainsi que les contraintes et les règles des travailleurs sociaux qui font le choix du “meilleur foyer” pour l’enfant. Et bien entendu le “parcours du combattant” du futur parent qui souhaite adopter… On parle ici de la possibilité d’adoption pour une famille monoparentale. Mais il est aussi question de l’actualisation de dossiers pouvant s’éterniser, des délais qui se comptent parfois en années…

La réalisatrice cherche à être fidèle à la réalité et cela permet de mettre à la portée du spectateur un milieu parfois méconnu.
Elle fait appel à quelque chose que chacun peut comprendre: les sentiments. L’appréhension, l’impatience, l’amour, la tendresse y sont exprimés avec beaucoup de naturel. D’ailleurs, Jeanne Herry explique qu’elle utilise la technique de plan serré au début du film. C’est une volonté de sa part de faire un film d’action psychologique et montrer que “tout se passe à l’intérieur”, en nous. Pour cela elle filme les petits signes de nervosité, les yeux, les mains, la peau… La réalisatrice sait également montrer une atmosphère plus légère en teintant son film de touches d’humour. Cette façon très spontanée et simple de faire rire le spectateur donne plus de réalisme à l’histoire. Et dans la tristesse comme dans la joie, on se sent proche des personnages.

Le nouveau né au coeur du film

Mais Pupille, c’est aussi un film qui aborde toutes les “couleurs” de chaque personnage, sans rien laisser de côté. Dans le long métrage comme sur le tournage, le nouveau né est un être sensible, une “éponge”, qui absorbe les émotions de son environnement. Comment transmettre cela à l’écran ? Pour capturer le regard d’un bébé il suffisait tout simplement de placer sa maman à l’endroit où l’on voulait son regard. Pour obtenir un bébé calme ou plus excité ? Point de formule magique : “tout est question du timing du biberon” !

La réalisatrice a également pris garde à ce qu’aucune parole qui pourrait impacter ces “petits acteurs” ne leur soit prononcée directement. Certaines scènes qui auraient pu toucher les enfants ont donc été tournées face à des poupées. Cependant, si certaines paroles doivent être tues pour ne pas le blesser, d’autres doivent impérativement être dites pour lui permettre de vivre. L’importance de la parole, comme moyen de créer un lien avec l’enfant est un point central du film. Cette compréhension du nourrisson et de ce qu’il ressent est essentielle. Alors que cela n’est pas toujours évident car un nouveau né a, lui aussi, un fonctionnement et une sensibilité particuliers. Pupille transmet un message important.

Des acteurs justes et sincères, des personnages aux multiples facettes

Chacun des personnages a une résonance particulière dans le film. Et on doit cela à la performance livrée par les acteurs autant qu’à l’écriture de la réalisatrice.

Théo dépend des personnes qui s’activent pour lui, mais il les fait aussi progresser dans leur vie personnelle et professionnelle. Gilles Lellouche incarne Jean, un assistant familial qui est à la fois sensible, doux et viril. C’est lorsqu’il accueillera Théo qu’il cessera de questionner l’utilité et l’efficacité de son travail. Le duo entre les deux seuls hommes, au coeur d’un casting de femmes, est impressionnant de justesse et fonctionne à merveilles.

Sa pair, Karin, (jouée par Sandrine Kiberlain), est caractérisée par son addiction aux sucreries mais est aussi une femme déterminée et sincère. L’accueil de Théo lui permettra de passer du temps avec l’assistant familial pour lequel elle a de l’affection…

Enfin, Alice, jouée par Elodie Bouchez, n’est pas juste une future maman ni un “petit soldat” qui fait attention à ne pas trébucher lorsqu’elle s’occupe du bébé. Elle est une femme déterminée qui s’adapte et rebondit face aux différentes épreuves qu’elle traversera. Son désir d’enfant reste sa plus profonde certitude. Ce ne sont finalement pas des personnages artificiels que la réalisatrice a fabriqué. Mais bien des personnes authentiques que l’on voit à l’écran.

Sa décision d’aborder l’adoption d’un enfant après un accouchement sous X en s’attachant à chaque étape et chaque personne ayant un rôle dans ce moment de transition rend le film incroyablement humain. Cela permet de prendre conscience de ce qu’est l’adoption ainsi que les services qui l’encadrent. Et c’est avec émotion que l’on sort de la salle de cinéma : le coeur léger, impressionnés par la justesse du film.

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