« El Superclásico », quand la passion atteint son apogée

« El Superclásico », quand la passion atteint son apogée

Le « Superclásico » fait partie des matchs à ne pas manquer dans une année de football. Mais celui qui s’est disputé récemment n’a pas la même saveur que les autres. L’enjeu est d’importance puisqu’il y a un trophée à aller chercher pour les deux équipes. Les deux clubs les plus populaires d’Argentine, ennemis jurés depuis toujours, se sont livrés un combat sans merci sur et en dehors du terrain.

Depuis plusieurs semaines, tous les yeux des fans du ballon rond étaient tournés vers Buenos Aires et notamment sur la double-confrontation la plus explosive dans le monde du football, entre River Plate et Boca Juniors. Mais cette année, elle a pris une dimension encore plus importante. Les deux clubs de la capitale argentine se sont rencontrés en finale de la Copa Libertadores, la plus grande compétition sportive du continent américain pour les clubs. Deux matchs qui ont tenu toutes leurs promesses. 
Retour sur le « Superclásico », un match pas comme les autres.

Plus qu’une simple rivalité

Buenos Aires est depuis plus d’un siècle divisée entre deux clubs ennemis, River Plate et Boca Juniors. Cette opposition remonte au début du XXe siècle où les deux clubs ne sont alors que des équipes du quartier populaire de la Boca, et ne jouent pas les grands rôles dans le championnat argentin. Une rivalité assez banale qui va cependant s’affirmer à partir du 24 août 1913. Il s’agit du premier match officiel entre les deux équipes. Des échauffourées éclatent, des joueurs se retrouvent blessés et River Plate remporte finalement cette première rencontre sur le score de 2-1. Cet événement, sans grande importance à cette époque, sera le début d’une rivalité sans égale ailleurs dans le monde.

La rivalité devient immense le 19 septembre 1931. Une bagarre générale démarre d’abord entre les joueurs — plusieurs sont expulsés —, mais aussi entre les supporters. La haine est alors très forte entre les deux clubs. Ce n’est plus une simple querelle de quartier mais une véritable guerre qui commence entre ces deux équipes. D’ailleurs cette opposition prend aussi une dimension politique : une sorte de lutte des classes entre le club de Boca Juniors, davantage populaire, et le club de River Plate, qui s’est délocalisé en 1925 dans le quartier de Nuñez, plus riche, ce qui lui vaut le surnom de « Millonarios ».

Par la suite, les matchs sont d’une grande animosité, avec de nombreuses rixes entre les supporters ou les joueurs ; ce qui ne fait qu’augmenter la haine entre les deux clubs. Un match entre les deux équipes a même été le théâtre de soixante fautes, c’est à dire une faute toutes les minute et demi. Une statistique à peine croyable qui illustre bien cette tension insoutenable.

La Bombonera et le Monumental, les plus chaudes ambiances du monde

En plus d’une rivalité indéniable, les confrontations entre ces deux équipes nous proposent un niveau d’ambiance qu’on ne retrouve nul part ailleurs. Quand tout un stade se met à chanter, que ce soit dans la Bombonera de Boca, ou au Monumental de River, c’est un véritable spectacle populaire qui commence dans les tribunes. Dans les rues de Buenos Aires, los Xeneizes et los Millonarios, leurs surnoms respectifs, font trembler les murs pour encourager leurs joueurs. Le Superclásico a même été classé en tête des cinquante événements sportifs à voir avant de mourir par The Observer. Avec leurs différents chants, banderoles, les lancers de papelitos, de fumigènes ou de pétards, les deux enceintes sont des références incontestées en terme d’ambiance pour les stades du monde entier.

Anecdote, le 8 août 2012, les supporters de Boca ont crée un mini-séisme de 6,4 sur l’échelle de Richter après un but en finale de la Coupe d’Argentine. Renversant. Mais plus que les mots, les images sont encore plus parlantes de ce qu’est la passion du football en Argentine. Ici, l’ambiance au Monumental, pendant un match de 2015 contre les Tigres de Monterrey. Ce n’est pas la même opposition mais cela donne une idée de ce que peut être l’ambiance durant un « Superclasico ».

Pourquoi ce Superclásico est-il le plus important de tous les temps ?

Ce Superclásico a une saveur particulière. Ces deux équipes s’affrontent dans le cadre de la finale de la Copa Libertadores, soit l’équivalent de la Ligue des Champions en Europe. C’est leur première confrontation à ce stade de la compétition. L’enjeu est donc d’autant plus capital qu’il y a un titre en jeu. Le match aller s’est terminé sur le score de deux buts partout. Le suspense était grand pour le match retour. Il ne nous a pas déçu. Dans un stade bouillant, et alors que Boca Juniors avait ouvert la marque avant la mi-temps, River Plate a réussi à revenir au score avant la fin du match, synonyme de prolongations. C’est finalement River Plate qui fut le grand vainqueur de cette finale sur le score de 3 buts à 1, grâce notamment à un chef d’œuvre de Quintero à la 109’ minute. Pour ne rien changer aux habitudes, le joueur de Boca, Wilmar Barrios, a été expulsé en début de prolongations. Une tradition de plus respectée durant cette soirée.

Cet affrontement a suscité un engouement incroyable, que ce soit en Argentine ou dans le monde entier. Il a été retransmis dans plusieurs centaines de pays. En Argentine, le pays tournait au ralenti à partir du moment où les deux équipes ont su qu’elles allaient s’affronter. Il faut savoir que 80% des fans de football dans ce pays supportent l’une des deux équipes. C’est le « match du siècle » pour ces passionnés. D’ailleurs, une scène incroyable s’est produite entre joueurs et fans du Boca Juniors puisque pas moins de 50 000 supporters sont venus mettre une ambiance de folie au dernier entraînement de leur équipe pour les encourager avant la finale. Une ambiance incroyable pour un simple entraînement qui démontre une fois de plus à quel point l’Argentine est un pays de football.

Malheureusement, la passion a débordé avant le match retour. Après de graves incidents survenus entre supporters et joueurs, la rencontre a été plusieurs fois reportée puis délocalisée à Madrid, au sein du mythique Santiago Bernabeu. Une décision qui ne satisfait aucun des deux clubs. De nombreux acteurs du football ont renommé ce match le « Superclásico de la honte » après ces incidents. Le football argentin en tire des conséquences très mauvaises. L’image d’un pays où respire le football, où la passion est maîtresse, est ternie par ces débordements, qui ont même fini par blesser un joueur de Boca après l’attaque du bus des joueurs. Le sentiment est partagé sur cette finale, entre un sentiment de joie, d’émerveillement devant la passion que ce match procure aux fans du ballon rond, mais aussi de la tristesse et de la déception avec tous les événements extra sportifs qui se sont produits.

L’essentiel est cependant là, River Plate s’offre ce trophée prestigieux pour la 4e fois de son histoire. Combien de temps allons-nous devoir attendre pour revoir cette affiche en finale de la Copa Libertadores ? Ces deux équipes et leurs supporters se donnent en tout cas rendez-vous l’année prochaine pour une éventuelle revanche.

Chris Brunskill/Fantasista – GETTY IMAGES

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