Euro 2020 : Une frontière comme trait d’union

Euro 2020 : Une frontière comme trait d’union

Le 2 décembre dernier a eu lieu à Dublin le tirage au sort des éliminatoires en vue de l’Euro 2020 de football, compétition qui aura la particularité de se dérouler dans 12 pays. L’occasion de revenir sur les tournois internationaux organisés sur plusieurs États.

L’équation est normalement simple : une compétition internationale = un pays hôte = un vainqueur. Mais cette formule mathématique délicate peut être légèrement modifiée et, comme une formule de sorcier, donner à l’organisation le don d’ubiquité en la conférant à plusieurs États qui feront vivre aux spectateurs la magie des matchs.  

Une organisation qui nécessite de grands esprits

Faire jouer plus d’une dizaine de sélections nationales sur une pluralité de pays peut s’avérer une solution mais aussi un inconvénient logistique. Dans le cas de l’Euro 2012, s’étant joué entre la Pologne et l’Ukraine, malgré la grande distance séparant parfois les stades, la compétition a ainsi permis de créer de nombreuses voies de communications entre les deux États.

Crédits : RTL (Finale Euro 2012)

De même, la Coupe d’Afrique des Nations en 2000 s’est déroulée au Ghana et au Nigeria, suite au retrait de l’organisation du Zimbabwe, qui n’était pas prête. L’organisation sur plusieurs pays peut donc être une solution de développement ou d’urgence. Mais cela peut également parfois poser un sérieux problème pratique, comme l’a admis le président de la Confédération Asiatique de Football suite à la tenue de l’édition 2007 de cet évènement entre l’Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande et le Vietnam.

L’union qui permet de faire la force

Pour un État ayant une faible culture du football et donc une moindre capacité d’accueil dans ses stades, ou des difficultés économiques, la co-organisation peut aussi être un moyen de mieux se préparer à recevoir un show de si grande ampleur. C’est notamment le cas pour les compétitions organisées par des fédérations continentales, à l’image de l’Euro 2000, disputée entre la Belgique et les Pays Bas ; ou de l’Euro 2008 entre la Suisse et l’Autriche. La Croatie, deux fois candidate à une co-organisation de la compétition de l’UEFA pour 2008 et 2012, et désormais finaliste lors de la Coupe du Monde 2018 pourrait se voir examinée sous de meilleurs auspices une candidature conjointe.

Mais ce phénomène se remarque aussi dans les Coupes du Monde, notamment en 2002. Le Japon et la Corée du Sud, au départ adversaires, ont décidé de joindre leurs efforts contre la candidature du Mexique. Cependant, la Hongrie, candidate à une co-organisation pour 2004 et 2012 a toujours vu sa candidature refusée, et la politique actuelle de Viktor Orbán risque de jouer en sa défaveur.

L’occasion de porter un message fort

Pour les fédérations, ce « double ticket » peut aussi être une condition sine qua non de la candidature, et véhiculer un message d’apaisement extra-sportif. Ainsi, malgré un rejet, la Grèce et la Turquie ont aussi souhaité organiser ensemble l’édition 2000, malgré les tensions entre les deux nations depuis le milieu du XIXe siècle. En 2008, la Croatie et la Bosnie s’étaient portées candidates pour une organisation conjointe, deux décennies après les accords de Dayton mettant fin à la guerre de Yougoslavie.

La double organisation peut aussi être l’occasion, au-delà d’un enjeu purement économique, de faire un clin d’œil historique, comme l’illustre la candidature malheureuse de l’Autriche et la Hongrie en 2004 pour l’Euro. Ce message se retrouve aussi de manière forte lors des Mondiaux, notamment l’édition 2002, qui, disputée partiellement en Corée du Sud, avait suscité une volonté politique de voir se jouer quelques matches au Nord. L’exemple le plus actuel est également celui de la triple organisation de la Coupe du Monde 2026 entre le Canada, les États Unis et le Mexique, qui a vu Donald Trump, chantre de l’unilatéralisme, plaider en tweetant pour cette candidature, acceptée à l’été 2018.

Crédits : Le Point (Cérémonie d’ouverture Euro 2016)

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