Biathlon masculin : la bande à Fourcade

Biathlon masculin : la bande à Fourcade

Quentin Fillon-Maillet (à droite) s’incline à la photo finish face à Johannes Boe lors de la poursuite de Pokljuka, le 9 décembre 2018 (ANTONIO BAT/EPA/Newscom/MaxPPP)

Depuis plusieurs années, le biathlon français se résume à Martin Fourcade. Mais les résultats mitigés du « boss » mettent en lumière des coéquipiers particulièrement en jambes en ce début de saison.

Trois ans que la France est deuxième au classement mondial par équipe, preuve de la densité du biathlon tricolore. Et Martin Fourcade n’explique pas tout. Les Français réalisent à tour de rôle podiums et coups d’éclats sans parvenir à s’installer durablement dans le haut du classement. Retour sur une génération qui peine à s’affranchir de l’ombre Fourcade.

Antonin Guigonnat, le biathlon sans pression

Et si la révélation de l’année était Antonin Guigonnat ? Après des années à stagner sur le circuit européen, et alors qu’il songeait de plus en plus à prendre sa retraite sportive, le Français réalise un début de saison quasi-parfait. Une deuxième place sur le sprint de Pokljuka (Slovaquie), plusieurs tops 10, et 3ème au classement général de la Coupe du monde, excusez du peu ! Avec la force tranquille comme clé de la réussite ? Car Guigonnat est un biathlète atypique. L’entraînement jusqu’au bout de la souffrance n’est pas son fort: « Il fallait que j’arrête de me focaliser sur le résultat et que je me concentre juste sur moi, sur mes capacités » explique-t-il dans le journal l’Equipe. A 27 ans le biathlète s’amuse. Les courses individuelles sont en effet un terrain de jeu : Guigonnat est libéré lors des tirs et efficace en ski. Dans un sport où la crispation ne pardonne pas, les résultats dépassent ses espérances et concrétisent une carrière en dents de scie. Seul point noir : des courses parfois bâclées, comme lors du relais d’Hochfilzen (Autriche). Pour maintenir cette cadence, il faudra parfaire l’entraînement.

Antonin Guigonnat après sa deuxième place sur le sprint de Pokljuka, le 7 décembre 2018 (Photo AFP/Jure MAKOVEC)

Desthieux, bientôt dans le mille ?

Simon Desthieux est l’homme aux saisons correctes. Toujours placé, mais sans coup d’éclat en trois ans au plus haut niveau. On compte effectivement un seul podium individuel à se mettre sous la dent (second du sprint de Tyumen en 2017). Bien trop insuffisant à la vue de son potentiel. Très  bon skieur, un bon tireur, il n’excelle cependant jamais sur l’ensemble d’une course. Le Français traverse les saisons, toujours dans le top 20 mondial, sans aller au-delà. Et la situation s’éternise. Combien de fois Desthieux a-t-il fait la faute de trop ? La satanée balle hors de la cible ? Bien trop souvent, presque chaque week-end, au point que ça en devient exaspérant. Un point positif néanmoins : il fut impérial lors du relais mixte de PyeongChang, quand, auteur d’une course parfaite, il lançait Martin Fourcade en tête. « L’ogre catalan » n’avait plus qu’à s’emparer de l’or olympique. Sans motivation particulière en course individuelle, le problème est mental. Simon Desthieux s’ouvrira les voies du succès quand un déclic s’opérera. 2019 pourrait être l’année de la consécration.

Quentin Fillon-Maillet, constance recherchée

Le Jurassien n’arrête plus de nous surprendre. Par ses passages à vide inexplicables, comme aux JO de PyeongChang où sa meilleure performance fut une 29èmeplace. Mais aussi par une force de caractère qui le pousse vers les sommets. En témoigne la magnifique poursuite de Pokljuka où il ne s’inclinera qu’au sprint face à l’imbattable Johannes Boe, actuel leader de la Coupe du monde. Ses coéquipiers le surnomment d’ailleurs le « morbac », QFM ne lâchant jamais. Auteur d’excellents temps de ski, il devra compter sur ses qualités mentales pour progresser derrière la carabine. Particulièrement sur le couché, réputé plus simple que le debout, et qu’étonnement il peine tant à maîtriser.

Préparer l’avenir

Le tir va être le principal chantier pour les nouveaux entraîneurs de l’équipe de France. Surtout pour une nation qui est traditionnellement en retard par rapport à ses concurrents russes, suédois ou norvégiens. Les coaches changent, la relève sportive pointe aussi le bout de son nez. Aristide Bègue multiplie les incursions en Coupe du monde, sans parvenir à s’installer durablement en équipe A. De même pour Fabien Claude qui pêche par des passages sur le pas de tir trop souvent calamiteux. Emilien Jacquelin est lui plus à l’aise sur le circuit mondial. Malgré un niveau inégal derrière la carabine, le jeune Français reste le plus prometteur de la saison à venir. Affaire à suivre…

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