Les 24 cases de Sorb’on — Case #20

Les 24 cases de Sorb’on — Case #20

« J’ai appelé le 36 30 »

On dit toujours qu’on ne perd jamais son âme d’enfant, même lorsque l’on devient adulte et responsable. C’est pourtant que ce qui est arrivé à Christine* il y a quelques années alors qu’elle n’avait que 7 ans, encore traumatisée aujourd’hui. Un mercredi de décembre, la fillette profite de l’absence de ses géniteurs pour s’emparer du téléphone familial et composer le 3630 afin de s’entretenir avec le très célèbre Père Noël. Du moins, c’est ce qu’elle espérait. Voici son témoignage.

J’ai la chair de poule à chaque fois que j’évoque cet incident. Cela fait 84 ans que j’ai laissé mon enfance en été… Ou plutôt en hiver, je ne sais plus. Je n’oublierai jamais ce choc lorsque que l’interlocuteur au bout du rouleau ou du fil répondit à mon appel. 

Nous sommes en 1912 lorsque j’appelle le Père Noël pour lui demander s’il a bien reçu ma liste de cadeaux. On me répond au bout de deux sonneries mais très vite, je me rends compte que quelque chose cloche.

On m’avait toujours dit que le père Noël avait une voix chaleureuse et bienveillante. Quelle ne fut pas ma stupéfaction lorsqu’un bruit sourd suivi de numérotations diverses apparurent sur la ligne ! Puis une voix stridente et carrément effrayante prit la parole. Elle m’a dit ceci : 

« Oh oh oh ! Qui est à l’appareil ? La petite Christine, la reine des bêtises ! Bienvenue chez le Père Fouettard mon enfant, tu as bravé l’interdiction de tes parents et tu vas te retrouver dans de beaux draps ! »

A ce moment-là, j’avais deux options : raccrocher ou poursuivre l’appel. J’ai choisi la dernière issue. « Alors ma petite, que vas-tu demander au père Noël cette année ? Si tu survis jusque-là car ta mère m’a dit qu’elle allait te transformer en dinde et te servir en plat principal le soir du réveillon. »

« Vous n’êtes pas le père Noël, j’ai dû me tromper de numéro, excusez-moi ! dis-je innocemment. 

— Mais ma petite grenouille, le père Noël n’existe pas. Ou du moins, il n’est plus de ce monde depuis que j’en ai fait mon quatre heures il y a déjà 666 ans. Ta dernière heure a sonné ! J’en ai ras-le-martinet de petits morveux de ton espèce… Tu es sur une ligne diaboliquement dangereuse et tu seras ma prochaine victime téléphonique ! Attention, j’arrive… »

C’en fut trop et je raccrochais en trombe le téléphone. Mes parents n’en ont jamais rien su. La communication n’a même pas été facturée sur leur relevé. Depuis ce jour-là, je suis terrorisée à l’idée de décrocher le téléphone ou de passer un appel.

Je tiens seulement à prévenir les plus jeunes d’entre nous pour que cela ne se reproduise plus et que cette ligne soit définitivement coupée…

*Le prénom a été modifié

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