LA RENAISSANCE DE LA RHÉTORIQUE

LA RENAISSANCE DE LA RHÉTORIQUE

Depuis plus de dix ans, concours d’éloquence, représentations publiques et festivals de lecture se multiplient. Ils révèlent un intérêt croissant pour la rhétorique. Lundi 26 novembre 2018 avaient lieu des lectures de poèmes contemporains, en présence des auteurs. Cela se  passait dans la salle des Actes de la Faculté des Lettres de la Sorbonne.

La Sorbonne a accueilli des manifestations de la dixième édition du festival de lecture à haute voix “Livres en tête”. Notamment une soirée consacrée à cinq poètes contemporains intitulée “Certains l’aiment en prose”. Les cinq poètes : Christian Doumet, Laure Gauthier, Claude Mouchard, Andreas Unterwerger et Sanda Voïca étaient réunis.

Cinq élèves de la Sorbonne ont alors lu et incarné, l’un après l’autre, un poème en prose d’un des cinq auteurs présents. Chaque lecture était suivie d’un bref entretien entre le poète et Guillaume Métayer, lui-même poète et traducteur. Ces interprétations, préparées depuis longtemps par les élèves, ont donné lieu à des moments parfois d’une grande intensité. Mais on a aussi pu assister à des moments plus drôles, du fait des registres très différents des poèmes retenus. Le public, plongé dans la pénombre, frémit, s’émeut et rit de temps à autre. Tout s’articule au rythme des phrases lues qui paraissaient prendre vie. Ces manifestations tendent à se multiplier aujourd’hui dans le cadre d’une résurgence de la rhétorique.

Un renouveau de la rhétorique

Le monde anglo-saxon est toujours très imprégné par la rhétorique. En effet, cette tradition est encore bien vivante, outre-Atlantique notamment. On peut attester d’une véritable fascination pour la figure des grands orateurs antiques. Il y a d’ailleurs au sein de revues très modernes, des articles qui évoquent la façon dont Cicéron communiquait publiquement. Ces articles sont publiés au milieu d’articles consacrés aux médias, au journalisme et à l’actualité.

Parallèlement, les études universitaires au sujet de l’art oratoire se multiplient. Preuve de cet engouement, qui dépasse largement le cadre des universités, la chaine HBO a produit en 2005 la série télévisée Rome. Elle relate les événements ayant entraîné la chute de la République romaine et la naissance de l’Empire. La série met en scène des discours publics d’orateurs, dont, entre autres, ceux de Cicéron. À l’époque de sa production, Rome était la série télévisée qui bénéficiait du plus gros budget de l’histoire. Avec près de 100 millions de dollars pour une douzaine d’épisodes.

L’éloquence, un « objectif citoyen » ?

Par ailleurs, depuis plus de dix ans, les concours d’éloquence se multiplient en Europe. Ce phénomène est plus particulièrement présent en France, dans les universités et les grandes écoles. On peut citer notamment les concours d’éloquence de Sciences Po, d’HEC ou encore de la Sorbonne. Juliette Dross est chercheuse et responsable du concours Fleurs d’éloquence  de la Sorbonne. Selon elle, la formation à l’art oratoire relève d’un “objectif proprement citoyen”. En effet, les concours d’éloquence et les formations qui les accompagnent ont pour ambition de pallier le manque d’enseignement oral et rhétorique. Ces compétences restent en marge, dans un système scolaire et universitaire tourné vers l’écrit.

Jusqu’à la première moitié du XIXème siècle, la pratique de l’éloquence avait une place si importante dans l’éducation qu’elle faisait l’objet de cours. Les élèves pouvaient y découvrir et étudier les grands orateurs latins et grecs. Au XXe siècle, la transmission de l’éloquence s’est essentiellement faite dans le milieu judiciaire à travers l’exercice des plaidoiries des avocats. Aujourd’hui, on note ainsi un véritable regain d’intérêt pour cette discipline. En effet dans notre monde actuel, l’éloquence est synonyme d’aisance, d’efficacité et de performance. Cela explique pourquoi la rhétorique est tant plébiscitée par de nombreuses entreprises.

Un engouement de plus en plus visible

Cet intérêt croissant pour l’éloquence est progressivement mis en avant par des productions diverses et s’adressant à un public toujours plus grand. Les propositions ne manquent pas. Les foules se pressent pour écouter de la poésie dans les spectacles de Fabrice Luchini. Les lectures publiques se multiplient. L’émission Stupéfiant, présenté par Léa Salamé a également consacré un numéro à “l’art de parler” en octobre. Certains films traitent aussi la rhétorique en thème principal.

On se souvient du documentaire “A voix haute : la force de la parole” réalisé par Stéphane Freitas et sorti en 2016. Il avait pour thème le concours Eloquentia organisé avec le soutien de Paris VIII. Le concours prend la forme de duels à l’issue desquels est désigne “le meilleur orateur de Seine-Saint-Denis”. Le film a connu un certain succès auprès du public avec 600 000 téléspectateurs sur France 2. La critique a également bien accueilli le film en lui décernant le prix du festival 2 Valenciennes en mars 2017. Ce documentaire nous montre les six semaines de préparation d’un groupe d’élèves de Seine-Saint-Denis à ce concours, et souligne la puissance de la parole comme arme et comme vecteur d’intégration dans un collectif, plus largement dans la société.

Eloquence et plaidoirie

En novembre 2017, Yvan Attal signait le film « Le Brio » avec Daniel Auteuil et Camélia Jordana. Le film relate l’histoire d’un professeur de droit qui aide une de ses étudiantes à comprendre les codes de la rhétorique en vue de la préparation du fameux concours d’éloquence du barreau. Autre manifestation de la visibilité grandissante de la rhétorique, le célèbre avocat Éric Dupond-Moretti montera sur les planches du théâtre de la Madeleine en janvier 2019 pour plaider, cette fois devant un public.

Article rédigé par François Laroche

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