« Certains l’aiment en prose »

« Certains l’aiment en prose »

Qui a dit que la poésie était de l’ancien monde ? Dans le cadre du “Festival Livres en tête”, festival de lecture à voix haute qui s’est tenu du 25 novembre au 1erdécembre, une soirée dédiée à la poésie, « Certains l’aiment en prose », est organisée par le service culturel de la Sorbonne et Les Livreurs, lecteurs sonores.

Les textes prennent vie dans la bouche des étudiants de l’atelier Sorbonne sonore qui ont accepté de les lire devant leurs auteurs.

Poésie du soir

Il est 20 heures. Les lumières de la salle s’éteignent. On allume un projecteur. Le clair-obscur qui s’installe marque les traits et les esprits, plus de faux-semblants possibles. Métaphore de la mise en lumière d’une vérité sur les êtres et les choses qui va de pair avec le thème de la soirée. Pendant une heure et demie, cinq étudiants défilent pour des lectures émouvantes, parfois déconcertantes ou encore drôles. Cinq étudiants, cinq poèmes, cinq poètes. Cinq plumes qui s’incarnent. Celles de Christian Doumet, Laure Gauthier, Sanda Voïca, Andreas Unterweger et Claude Mouchard. Un face-à-face intime entre les lecteurs et les auteurs, entre les cœurs et les mots. 

Les lectures sont entrecoupées de brefs entretiens avec les auteurs des textes, animés par Guillaume Métayer, poète et traducteur, anciennement animateur de la revue Po&sie. Ils ont ainsi pour but de mettre en avant le travail des artistes. De laisser entrevoir aussi un rapport particulier à la poésie, qui ne répond ainsi pas forcément à des codes et des contraintes. Des voix qui s’expriment par le vers libre et également par la prose poétique. 

Poésie d’aujourd’hui

Pas si nouveau, me direz-vous, et pourtant ! Puisqu’ « il faut être absolument moderne » selon Rimbaud, certains des poèmes choisis reflètent un investissement dans l’actualité et une portée sociale forte. Dans Papiers !, Claude Mouchard porte un témoignage sur « les gens livrés, abandonnés à la rue, avec ou sans papiers ». Il soulève la nécessité pour lui d’« intégrer des images d’actualité, des choses lues, des morceaux qui viennent s’encastrer dans l’espace où se produit la relation à l’autre ». Cette relation à l’autre, il l’interroge et la raconte dans son ouvrage. « Il s’agit de décrire l’entre-deux, l’interaction, la perception de l’écart et de la proximité qui peut se créer quelquefois. ».

Et au fond, c’est peut-être là que réside la vérité profonde de la poésie, en ce qu’elle cherche et interroge constamment. Elle pose des questions au langage, à la « musique possible du langage », comme le soulève Laure Gauthier. Et à la nature du monde, comme l’exprime Sanda Voïca, « J’écris pour comprendre ». Christian Doumet raconte ainsi qu’à ses débuts en tant que professeur de littérature, certains établissements refusaient de l’employer « parce qu’il faisait de la poésie ». Mais, puisque la poésie parle au cœur, pourquoi ne pourrait-elle pas être le moyen de porter l’information ? 

Un nouvel héritage

Andreas Unterweger, lui, dit se situer entre la prose et la poésie dans une écriture à dimension comique. Les rires fusent dans la salle à la lecture de son texte. Bonne interprétation de l’étudiant qui lit ou efficacité d’une plume humoristique ? Sûrement les deux. Un écrit brillant prend vie dans la bouche et dans la gestuelle d’un autre. Car finalement, c’est cet échange entre le lecteur, l’auteur et l’auditeur qui fait vivre les mots.

Une plume, une voix et une oreille qui s’assemblent pour donner une légitimité à la parole. Comme les Anciens se transmettaient les textes à l’oral, de nouvelles voix prennent le relai pour porter une pensée, une vision du monde d’aujourd’hui. Et c’est là que cette soirée prend tout son sens, précisément dans ce besoin de transmettre, de léguer l’héritage et le goût d’une discipline si rare et précieuse. Ainsi, comme l’écrivait Rimbaud, « la poésie n’aura pas chanté en vain ».

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