Jeannine : Lomepal se serait-il assagi ?

Jeannine : Lomepal se serait-il assagi ?

À peine plus d’un an après Flip, Lomepal revient sur le devant de la scène avec un nouvel album, dans une tonalité différente. Jeannine, dans les bacs depuis le 7 décembre dernier, est déjà numéro 1. Un succès dû à une notoriété déjà acquise ou à un style plus accessible ?

« Le métronome s’accélère, j’ai à peine eu le temps de les souffler que c’est déjà la fin de mes 26 » (“Ne me ramène pas”) ; une phrase, huit temps, une voix pour dire la mélancolie, pour donner aux quatorze morceaux suivants une teinte particulière. Avec Jeannine, Lomepal donne une nouvelle couleur à son œuvre. Après l’éclat et l’énergie de Flip, sa musique prend un tournant inédit, dévoilant du rappeur une facette plus douce. 

Si l’artiste profite d’une ascension fulgurante et d’un succès encore tout jeune, le pari qu’il fait en sortant ce nouvel album semble risqué : en se livrant de manière plus conventionnelle, il remet en jeu une notoriété récente et des fans nouvellement acquis. Vrai risque ou stratégie commerciale ? Difficile de dire si le rappeur a voulu toucher un plus large public ou s’adonner à une musique plus personnelle, mais une chose est sûre : ce deuxième album emporte les faveurs. Et nous, on est conquis.

Si Jeannine est un savant condensé de rythmes lancinants et de textes graves, l’album ne fait pas l’impasse sur le sarcasme qu’on connaît au rappeur, comme lorsqu’il interprète “La vérité” avec Orelsan, titre savoureux pour un duo brillant. 

On retrouve aussi une plume plus crue, qu’il avait aiguisée dès son premier album, en écoutant des titres comme “1000°c”, en duo avec Roméo Elvis, ou “Ma cousin”. 

« Si j’ai plus d’étoiles dans les yeux, c’est pour mieux voir venir le vide » (“Plus de larmes”)

Il annonçait déjà la couleur dans Flip : « 70, un âge que j’atteindrai sûrement jamais » (70). Lomepal fait de son rapport au temps l’une des lignes directrices de ses textes, et cet aspect de son œuvre prend de l’ampleur avec son deuxième opus. Sur des sons lancinants, comme dans “Le lendemain de l’orage” ou “X-mens”, il porte un regard lucide sur des ambitions déçues et un passé fait d’illusions. 

L’album de la maturité ? « Putain j’ai passé l’âge », dit-il dans “Le lendemain de l’orage”. Si un an et demi seulement sépare le premier du deuxième album, l’évolution est palpable. En produisant un rap dans l’ensemble plus calme (plus résigné ?), Lomepal joue la carte d’une sobriété nouvelle, mais non moins efficace.

Moins de punchlines, plus d’intimité

Moins de Lomepal, plus d’Antoine ? Certains morceaux laissent entrevoir les nuances cachées de sa voix, un timbre particulier, des notes qui vrillent pendant une seconde, discrètes et touchantes, comme dans “Trop beau”, ou encore “Le vrai moi”, morceau à l’instrumentation sobre laissant une plus grande part aux émotions. 

En diffusant les mots de sa mère qu’il a interviewée à propos de sa grand-mère, le rappeur ancre l’album dans une dimension beaucoup plus intime que le précédent. Il fait de la folie un thème récurrent en l’évoquant sur des morceaux comme “Beau la folie” ou “Ne me ramène pas”, brisant une frontière invisible entre l’homme et l’artiste. Son vécu devient la matière de ses textes, un point de départ pour la création musicale.

Des textes plus personnels pour un second album brillant dans lequel Lomepal dit « Rien que la vérité » (“La vérité”) ; nous, on dit : « Merci, pour ça » (“Le vrai moi”).

Hits: 97