Les 24 cases de Sorb’on – Case #24

Les 24 cases de Sorb’on – Case #24

Enfin le jour tant attendu… le 24 décembre! On espère que vous avez pris du plaisir à attendre Noël avec nous, et à ouvrir chaque jour votre petite case!

Toute l’équipe de Sorb’on vous souhaite un joyeux Noël, et nous vous laissons avec une émouvante petite histoire…

Premier Flocon

Le ciel était recouvert d’une épaisse couche de nuages clairs. Dans les airs, plusieurs kilomètres au-dessus du sol, tout était calme. Ces baleines blanches du ciel se mouvaient avec une paisible lenteur. Le froid, lui, était intense. Si bien qu’une poignée de gouttelettes, dans un de ces immenses nuages, furent prises d’une envie de s’unir pour créer quelque chose de nouveau. Lentement, elles se rapprochèrent jusqu’à former une étoile minuscule. Une petite brise les consolida, et de l’union de ce froid mordant avec ces quelques gouttelettes impatientes, naquit un timide flocon. Il se détacha de son nuage mère avec tendresse et nostalgie et se laissa emporter par la brise, vers la terre.

Sa chute fut magique. Ce flocon nouveau-né, pris d’un embryon de conscience, se demanda ce qu’il faisait là. « Qui suis-je ? » pensa-t-il ensuite, avant de se demander si « qui suis-je » voulait dire quelque chose. Il découvrait tout, ses sens étaient bousculés, lui-même était bouleversé dans toute son essence. Sentant la brise le caresser, il décida qu’il aurait appelé « vent » cette étrange créature qui le touchait de tous côtés. Il nomma ensuite « froid » cette sensation toute entière qui le prenait du cœur aux extrémités. Il eut plus de difficulté à déterminer le troisième phénomène, celui qui l’attirait irrésistiblement vers une même direction. C’était fort, puissant, c’était grave, ça l’attirait vite… Ça y est ! Il l’appellerait « gravité ».  Quelle rencontre magique, que cette danse avec le « vent », rythmée par le « froid » et menée par la « gravité » ! Que c’était beau d’exister…

Il constata qu’une énorme masse grise et multiforme s’approchait vers lui. Ou alors était-ce la « gravité » qui l’attirait lui-même vers elle ? Elle semblait si solide qu’il lui vint tout naturellement à l’esprit de l’appeler « sol ». Il était si ému à l’idée de bientôt rentrer en contact avec le « sol ». Il se demanda si le « sol » lui-même s’était déjà demandé qui il était et ce qu’il faisait là. Le flocon, lui, ne savait pas qui il était ni ce qu’il faisait là. Il aurait tellement aimé le savoir, pour pouvoir le raconter ensuite au « vent », au « froid », à la « gravité » et au « sol ». Il aurait tellement aimé qu’eux cinq puissent être amis et vivre, ou plutôt exister, heureux pendant de nombreux siècles. Le flocon ignorait d’ailleurs ce que « siècle » désignait, mais le mot lui plut beaucoup.

Le « sol » approchait de plus en plus, le flocon pourrait enfin faire sa connaissance ! Il en était heureux, tellement heureux ! C’était sans doute le plus beau jour de sa…

À cet instant, un timide flocon de neige se posa sur le pare-brise d’une voiture coincée dans un embouteillage. À l’intérieur, le conducteur pesta.

– Putain, il neige maintenant. Eh toi devant, tu vas le bouger ton gros tas de merde ?!

Un énorme coup de klaxon fit vibrer le tout premier flocon de l’hiver, visiblement terrorisé, avant qu’un violent coup d’essuie-glace ne le pulvérise tout entier.

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