Journalistes sportives : une représentation en trompe-l’oeil

Journalistes sportives : une représentation en trompe-l’oeil

Depuis quelques années, la proportion de femmes journalistes sportives à la télévision a bondi. Pourtant, cette représentation n’est pas exactement fidèle à la réalité des rédactions dans lesquelles il leur est difficile de se faire une place.

Nathalie Ianetta, Marianne Mako, Estelle Denis, Marie Portolano, Anne-Laure Bonnet. Des noms qui vous sont familiers comme le seraient ceux d’une tante ou d’une cousine. Et pour cause. Ces femmes ont su se faire une place dans l’univers très fermé du journalisme sportif et plus spécifiquement dans celui du football. Qu’elles officient à Téléfoot ou au Canal Football Club. Qu’elles soient précurseuses ou nouvelles arrivées. Qu’elles soient à la tête de leurs propres émissions ou simples chroniqueuses. Les journalistes sportives semblent se multiplier sur nos écrans depuis quelques années.

Chaque émission télévisée semble désormais se doter de sa caution féminine. Cependant, le milieu n’en reste pas moins extrêmement difficile d’accès pour des femmes. Celles-ci ne représentent que 15% des journalistes sportifs, selon le Think Tank Sports et citoyenneté. Ainsi, si les femmes ont gagné en temps d’antenne, elles ne sont pas pour autant plus présentes dans les rédactions.

Un milieu plein de testostérone

Le journalisme sportif est essentiellement fait par les hommes pour les hommes. Qui n’a jamais remarqué les publicités ciblées sur les voitures, le bricolage ou le parfum pour homme lors de la mitemps d’un match de football ? Les publicités post Journal de 20h montrent plutôt des produits culinaires ou ménagers… De plus, le sport masculin est majoritairement représenté dans le paysage audiovisuel français. Ainsi, Candice Rolland commente depuis la rentrée les matchs de Ligue des Nations sur la chaîne l’Equipe. Elle reste l’une des seules femmes à avoir jamais commenté un match de football masculin à la télévision française avec Jézabel Lemonier. Nathalie Ianetta avoue avoir refusé le poste, que Michel Denisot lui avait pourtant proposé à l’époque où elle officiait sur Canal. Même constat à la radio où Carine Galli (After footRMC Sport) est la seule femme à intervenir dans une émission footballistique grand public.

Des femmes qui se battent contre les clichés sexistes

Le milieu du football est en effet extrêmement machiste et les femmes le savent bien. Anne-Laure Bonnet, journaliste de terrain, et de plateau plus récemment, pour Bein Sports souligne que “les journalistes sportives sont toujours stigmatisées dans les couloirs des stades”. Elle rappelle également que “le risque, c’est de tomber dans la potiche. Il ne faut pas mettre une femme dans une émission parce que ça fait bien.” Ainsi, les femmes ont gagné en visibilité mais pas nécessairement en crédibilité.

Elles doivent en effet continuer à démontrer leurs compétences sans cesse et aucuneerreur ne leur est permise. “Des progrès ont été faits, mais il reste encore des efforts à accomplir” remarque ainsi Christine Kelly, journaliste et membre du CSA(Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) jusqu’en 2015. Ainsi, de plus en plus de médias ont recours à des consultantes ou journalistes anciennes sportives. C’est le cas de Céline Géraud, ancienne judokate restée à la tête de Stade 2 (France 2) plusieurs années.

Marianne Mako a été la cible de nombreuses remarques de la part de ses collègues dans Téléfoot dans les années 1980. Cette époque n’est cependant pas entièrement révolue.  En octobre 2018, le journaliste Denis Balbir s’est ainsi dit “contre” une femme commentant le football masculin puisqu’elle ne “pourra jamais avoir le timbre de voix qui fonctionne”. No comments

Crédit photo : AFP

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