RENCONTRE AVEC JACQUES DARRIULAT

RENCONTRE AVEC JACQUES DARRIULAT

Le philosophe Jacques Darriulat a accepté de s’entretenir avec Sorb’on afin d’évoquer son site internet, véritable « Site-Oeuvre » qui rassemble des centaines d’écrits et compte dix-mille pages de texte à ce jour.

Un « Site-Oeuvre »

Jacques Darriulat a créé un site internet jdarriulat.net en novembre 2007, consacré essentiellement à la philosophie esthétique. Il lui permet de « faire Oeuvre » et lui confère une grande liberté puisqu’il met en ligne ses textes au rythme qu’il s’impose, c’est-à-dire un par mois. Par ailleurs, il lui offre la possibilité de nouer un contact direct avec ses lecteurs. En quelques chiffres, ce site web comporte à l’heure actuelle environ 10 000 pages de texte et comptabilise entre 20 000 et 30 000 visites mensuelles.

M. Darriulat note qu’entre 10 et 15% des visiteurs passent un temps relativement long sur son site, signe d’une lecture peut-être plus attentive de ses écrits. Il craint peu la concurrence entre les éditeurs et les sites internet puisque le plus important reste qu’un texte vive, soit lu et produise du sens, peu importe son format. L’usage du « copier/coller » de ses publications ne constitue pas un vol selon lui dans la mesure où le savoir a toujours procédé par contamination et se nourrit sans cesse d’autres écrits. Il ajoute que la lecture d’un texte papier ne se fait pas forcément dans un recueillement plus profond que la lecture d’un texte au format numérique.

La « révolution numérique », révolution de l’écriture ?

La « révolution numérique », marquée par l’apparition de l’ordinateur, a bouleversé en profondeur sa manière d’écrire et son rapport au texte. Le texte est sans cesse en mouvement, éternellement inachevé et prend pleinement vie sur le site où il peut aisément être augmenté de plusieurs paragraphes, voire de parties entières. Depuis 1995, il conçoit numériquement ses textes, que ce soit des cours, des conférences ou bien des écrits personnels.

Jacques Darriulat note même une évolution notable de son style entre ses premiers ouvrages, écrits à la main, et ceux qui ont suivi, fruits d’un travail sur ordinateur. Alors que l’écriture cursive relèverait en quelque sorte d’un « saut en avant », l’ordinateur permettrait une élaboration plus progressive du texte, à la manière dont on dispose des tesselles les unes par rapport aux autres afin de former à terme une mosaïque. Le numérique, dont on souligne souvent les méfaits et les dérives, est ici la marque de la liberté, du plaisir d’écrire et de la création d’une véritable Oeuvre.

Vers l’esthétique

C’est dans un mouvement de rupture vis-à-vis des voies traditionnelles auxquelles mène la philosophie que Jacques Darriulat se dirige progressivement vers le domaine de l’esthétique qui est alors marginalisé dans un moment où l’essor des sciences humaines tend à valoriser les sciences « dures » et l’épistémologie. Son entreprise est pourtant aujourd’hui toujours la même : allier la positivité de l’historien de l’art à la rigueur théorique du philosophe.

La lecture des travaux de l’essayiste Erwin Panofsky, alors récemment traduits en français, a confirmé son désir de prendre le chemin de l’esthétique. Par ailleurs, Descartes représente pour M. Darriulat un idéal de clarté philosophique inégalée, dont la France peut s’enorgueillir. Il reprend à son compte l’idée que la philosophie a la capacité de dire de façon simple et claire ce qu’on considère habituellement ne pas être dicible, sans abandonner les subtilités et les nuances pour autant. D’après lui, seule l’érudition bien menée peut rendre compte de la richesse et de la profondeur d’une oeuvre d’art.

Une approche sensible et singulière du monde

L’objet de l’esthétique est avant tout l’étude du singulier et du détail. Il rend hommage au travail de l’historien de l’art Daniel Arasse, qui a mis l’accent sur l’étude du détail dans ses ouvrages et qui a tenté de rapprocher les conservateurs et les philosophes.

Concernant l’époque actuelle, il se montre plutôt optimiste quant à l’avenir de l’Art et de la culture en France. Refusant toute forme de nostalgie stérile, il rappelle que ce n’est pas parce qu’une époque peut parfois sembler délétère qu’il n’y a pas de profondeur de la pensée. M. Darriulat évoque l’exemple de Platon, qui, dans un contexte politique, social et religieux très complexe, est parvenu à penser de façon profonde et inédite.

Ainsi, le site de Jacques Darriulat, gratuit, et qui s’adresse aux néophytes aussi bien qu’aux connaisseurs, apparaît comme le lieu idéal pour en savoir plus sur la question de l’art et de la philosophie ! Alors, à vos clics !

Article rédigé par François Laroche

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