Coup d’gueule #2 : Au bout des doigts

Coup d’gueule #2 : Au bout des doigts

Bienvenue dans un deuxième volet de Coup d’gueule, la rubrique ciné qui s’exprime à cœur ouvert ! Cette semaine, un pianiste délinquant va voir son destin basculer dans une toute autre direction…

Au bout de doigts est une comédie dramatique française réalisée par Ludovic Bernard, sortie le 26 décembre 2018 sur grand écran.

L’histoire

Mathieu Malinski, interprété par Jules Benchetrit, est un jeune délinquant de cité qui mène une double vie. Entre cambriolages et casiers judiciaires bien chargés, il cache un talent de brillant pianiste. Alors qu’il se fait arrêté par la police, Pierre Geitner (Lambert Wilson), le directeur du Conservatoire National Supérieur de Musique qui percevait déjà en lui un talent inouï, décide de le sauver et d’en faire son protégé. C’est ainsi qu’il l’inscrit au concours national de piano en échange de quelques travaux d’intérêt général. Mathieu découvre un nouveau monde et tombe sous le charme d’Anna. Mais… cette histoire ne vous rappelle donc rien ? C’est tout bonnement une mauvaise réincarnation de Whiplash, un des joyaux de Damien Chazelle. Un prof intransigeant, un élève surdoué au conservatoire qui révèle son génie grâce au spectacle final… La ressemblance est troublante sur le papier mais, quant est-il à l’écran ?

Le ressenti

Une petite histoire mignonne en apparence mais seulement voilà, le hic c’est le script et les personnages. Le film ne s’appuie que sur la dichotomie attachement/attirance de manière exacerbée. Un jeune homme déchiré entre sa famille, sa culture, ses amis et de l’autre côté sa passion, ce qui l’anime, la musique à travers le piano. Ce film avait beaucoup de potentiel, malgré le caractère “cliché” du délinquant rebelle qui rejette la richesse et la discipline. Je me suis dit que ça pouvait passer… argh, quelle erreur ! D’ailleurs, faire manger un kebab à Lambert Wilson pour contribuer au comique d’opposition de ces deux mondes, bah c’est pas hilarant. On perd le fil des personnages, leur psychologie et leur évolution dans le film au dépit d’un scénario qui les assomme.

La prévisibilité

Bon d’habitude, je suis amusée par la prévisibilité de certaines scènes au cinéma mais dans ce film, c’est agaçant. Les discussions ne sont pas seulement prévisibles mais tellement stéréotypées que c’en est décevant. Pourtant, le film a bien la capacité d’émouvoir. Au-delà du scénario qui laisse à désirer, l’interprétation des acteurs est tellement décevante et surjouée ! L’expression de colère du personnage de Mathieu qui est censé être un délinquant, n’est pas crédible. L’actrice Kristin Scott Thomas qui interprète la comtesse semble donc être la seule à relever le scénario pour éviter la catastrophe grâce à sa prestance, son charisme et sa sensibilité. Je me suis détachée du film à plusieurs reprises tant les répliques m’embarrassaient.

Le coup de foudre au premier regard, l’histoire d’amour en mode Singing in the rain dans les rues de Paris sur du Etta James, vraiment ? L’accident de dernière seconde pour contribuer au pathétisme du garçon et pour que la peine lui fasse réussir son concours. C’est trop gros pour qu’on ne sente pas tout arriver dès la première partie du film.

Enfin, la scène finale aurait pu relever le film et réussir à se faire pardonner mais non, c’est difficile de l’admettre mais ce n’est pas assez pour moi. La montée d’adrénaline, la rage, le morceau de piano et ses notes suspendues… Il y met toute son âme et c’est magnifique à écouter et à voir. Cette scène finale résonnait et frissonnait pourtant en moi. Malheureusement un film ne peut pas tenir que sur une scène, aussi magnifique et émouvante qu’elle soit. Et encore une fois, ça me rappelle tant l’acharnement et le dévouement d’Andrew le batteur incroyable dans la scène finale de Whiplash. Bref, je vais continuer de vibrer sur du Rachmaninov, mais ce film ne m’a pas séduit. Et vous, l’avez-vous vu ? Partagez votre ressenti ? Côté box-office, le film s’en tire convenablement.

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