Sport et politique : destins liés

Sport et politique : destins liés

Depuis des décennies, le sport dépasse ses propres limites. Il est un outil aussi bien social que politique. Symbole des tensions géopolitiques ou outil de propagande, tour d’horizon des relations ambiguës qu’entretiennent sport et politique.

Pyeongchang, février 2018. Pour la première fois depuis une dizaine d’années, les deux Corées défilent ensemble à l’ouverture des Jeux Olympiques d’hiver. Les hockeyeuses vont pour la première fois concourir dans une équipe réunifiée. Ces rapprochements sportifs sont l’image d’un rapprochement politique entre les deux Corées, officiellement toujours en guerre depuis 1953.

Le sport est ce que l’on appelle un soft power. Si les hard power constituent des moyens pour les États de montrer leur puissance et de s’imposer par des capacités économiques ou militaires, les soft power poursuivent le même objectif mais d’une façon plus déguisée. Une sorte de main de fer dans un gant de velours. Le sport permet aux nations organisant de grandes compétitions sportives de se mettre sur le devant de la scène internationale mais également d’essayer de s’y faire une place. C’est la stratégie choisie ces dernières années par le Qatar.

Tout a commencé avec le football et l’attribution de la Coupe du Monde 2022 au pays en 2010. Puis l’année suivante, les Qataris ont racheté le PSG (Paris Saint-Germain). Fort de leurs revenus pétroliers, ils ont considérablement augmenté les investissements du club, lui permettant de devenir l’un des principaux acteurs européens dans cette discipline sportive. En 2012, ils ont également créé la chaîne Bein Sports, filiale française d’Al Jazeera sports et racheté les droits TV de la Ligue 1. Cependant, des dérives de l’utilisation du sport par la politique ont eu lieu au cours de l’Histoire.

Le sport comme instrument de propagande

1936. Berlin accueille la 11e édition des Jeux Olympiques d’été qui se déroule alors sous l’ère nazie. Hitler, chancelier depuis 1933, en a fait le miroir de son idéologie qu’il souhaite ainsi diffuser à travers le monde. Seul Jesse Owens, athlète noir américain semble défier le dictateur en remportant quatre médailles d’or. Cependant, les Allemands finiront loin devant les Américains au classement. Cette large victoire des athlètes germaniques est pour Hitler une façon de montrer au monde la supériorité de la « race aryenne ». Leni Riefenstahl réalise un documentaire sur ces Jeux, Les Dieux du Stade(sorti en 1938), symbole ultime de propagande.

Cette politisation des Jeux Olympiques se poursuit tout au long de la Guerre Froide. Les boycotts deviennent le symbole de l’opposition entre Etats-Unis et URSS. Ainsi, en 1980, après l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS, les Etats-Unis appellent au boycott des Jeux Olympiques d’été de Moscou. Une cinquantaine de pays suivent cet appel, comme le Japon, le Canada ou l’Allemagne de l’Ouest. Quatre ans plus tard, lors des Jeux de Los Angeles, c’est au tour du bloc soviétique de faire entendre sa voix en ne participant pas à la compétition.

Un symbole des tensions politiques

Le sport devient alors une façon de faire entendre sa voix. Ainsi, le premier boycott majeur des Jeux Olympiques a lieu en 1976. 22 pays africains refusent de se rendre à Montréal. Ils s’opposent à la participation de la Nouvelle-Zélande à la compétition alors qu’elle a laissé son équipe de rugby participer à une compétition en Afrique-du-Sud, pays marqué par l’Apartheid.

En 1972, c’étaient des terroristes palestiniens qui s’en étaient pris à la délégation israélienne à Munich. Ils souhaitaient mettre en lumière la cause palestinienne mais demandaient également la libération de prisonniers. Bilan : 17 morts.

Cependant, le sport peut aussi être le miroir de relations diplomatiques se réchauffant. Ainsi, en 1971, le joueur de tennis de table américain Glenn Cowan discute avec son homologue chinois Zhuang Zedong à l’occasion des Championnats du Monde de tennis de table ayant lieu au Japon. La Chine décide alors d’inviter les joueurs de l’équipe américaine sur son territoire. C’est le début de la normalisation des relations entre Chine et Etats-Unis.

Crédit photo : Le Monde

Hits: 45