La lenteur démocratique face à l’urgence écologique : 4 éléments de réflexion

La lenteur démocratique face à l’urgence écologique : 4 éléments de réflexion

Il y a peu, 700 chercheurs et professeurs ont publié une tribune alarmée et alarmante sur l’urgence de la situation climatique.

La planète subit de graves bouleversements bientôt irréversibles. Agir à la mesure de l’urgence écologique demande une certaine rapidité, mais surtout, des engagements sur le long-terme. Or, la démocratie représentative est aussi lente que courte-termiste. Doit-on pour autant instaurer une “dictature écologique” ? La démocratie ne peut-elle pas être améliorée ? Quatre éléments de réflexion pour mieux cerner la situation. 

Démocratie, qui es-tu ?

Du grec dêmos, peuple et kratos, pouvoir, la notion de démocratie fait couler beaucoup d’encre sans qu’on s’accorde toujours sur son sens. Plusieurs pays se revendiquent démocratiques mais lesquels le sont véritablement ? Certains, comme les philosophes Fabienne Brugère ou Jacques Rancière, pensent que la démocratie tire sa réalité de la force citoyenne expérimentant son pouvoir grâce à une certaine liberté de droits. Cette définition reste ambiguë. Doit-on comptabiliser ces actions ? A combien pourrait-on estimer vivre en démocratie ? On peut légitimement s’inquiéter de la manipulation que permettent de telles imprécisions. Ici, nous parlerons de démocratie dans le sens que lui donne le Contrat social, comme l’exigence que ce que nous donnons de liberté à l’État doit nous être justement rendu en protection et pouvoir citoyen. 

La démocratie, vieille mécanique rouillée ? 

Révélant l’incapacité démocratique à répondre à l’urgence écologique, Nicolas Hulot, ancien ministre de la transition écologique et solidaire, avait annoncé son départ du gouvernement en ces termes : « Nous faisons des petits pas, et la France en fait beaucoup plus que d’autres pays, mais est-ce que les petits pas suffisent… la réponse, elle est non. » Le Président Macron, en visite d’Etat à Copenhague, avait rapidement réagi, évoquant surtout un combat qui “ne se fait pas du jour au lendemain” car devant se confronter à la réalité. Il avouait par ces mots que notre société ne parvenait pas à dévaluer la réalité actuelle au profit de celle à venir, donnant raison au reproche de Nicolas Hulot.

Certes, s’est tenue en Pologne ce début décembre la COP24, avec pour enjeu d’adopter un ensemble de décisions garantissant la pleine application de l’Accord de Paris. Malheureusement, elle renvoie surtout aux déjà plus de quarante-cinq années de lentes négociations. En effet, le Sommet de la Terre de Stockholm, première réunion étatique sur le sujet, alertait déjà des mêmes dangers et des mêmes urgences en 1972… Qu’ont vraiment réalisé depuis tout ce temps les acteurs gouvernementaux ? Ils ont, en fait, essentiellement mis en place la machine des COP elle-même. Et à quand sa mise en route ? Rien n’est acté pour le moment ; et de chaque sommet résulte une immense frustration. Pas assez de mesures massives et trop de discussions frileuses. 

A cette lenteur s’ajoutent de régulières élections qui hissent au pouvoir des gouvernants différents pour des durées limitées de mandats. Celles-ci déstabilisent la mise en place de décisions sur le long-terme, nécessaires à répondre à l’urgence écologique. L’historique retrait des Etats Unis, deuxième pollueur mondial, des Accords de Paris, à l’initiative de Donald Trump, en a donné un vif exemple.

Cette instabilité invite certains à penser, plus ou moins sérieusement, à une “dictature écologique”. Ce n’est pas le premier ni le plus solide danger. En effet, la démocratie est avant tout directement menacée par le réchauffement climatique, car il a été établi qu’un climat instable porterait directement atteinte à ce qui subsiste de paix mondiale. Si la lenteur démocratique fait obstacle aux solutions d’urgence climatique, l’écologie, elle, pourrait bien menacer la démocratie en retour ; moins par ses dérives dictatoriales encore loin d’êtres robustes, que par les conséquences de sa non prise en charge. 

Au fait, c’est quoi l’urgence ? 

L’urgence écologique est largement expliquée depuis quelques années, sans qu’étrangement, nous ne parvenions à en obtenir une image concrète. Le sujet nous concerne tous, donc nous en recevons le message, mais son contenu est complexe et transversal ; il se pense à la fois sur le mode de la science, de la sociologie, de la biologie, de la santé et de bien d’autres disciplines dont nous n’avons pas tous une connaissance affinée. Vulgarisons la problématique ? L’urgence nous paraît alors improbable, lointaine, vaporeuse.

Ne perdons pas espoir d’y voir toujours un peu plus clair : le GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur le changement climatique) a publié en octobre dernier son rapport sur les impacts du réchauffement climatique. Il a été conclu qu’à 1,5 °C, les risques des évènements extrêmes seraient significativement moins importants qu’à 2°C. 
En quoi cela nous concerne-t-il ? Pour l’instant, la planète s’est réchauffée de 1°c depuis le début du XXème siècle, avec une accélération depuis 1950. Or seulement 1% de cette chaleur se loge dans l’atmosphère, et plus de 90% s’accumule en fait dans l’océan. En France par exemple, cela pourrait se traduire d’ici 2100 par des sécheresses agricoles quasi continues et de grande intensité, des pluies extrêmes plus intenses et plus étendues, une extension des incendies de forêts avec, Outre-mer, des cyclones plus importants.

A qui la faute ? Qui va payer pour tous ces dégâts ? 

La rentrée dernière se sont simultanément déroulées le premier “Sommet Mondial pour l’action climatique” ainsi qu’une “Marche Citoyenne pour le Climat” conséquente. Parallèlement les habitudes héritées de l’ère industrielle sont toujours majoritaires. Pourquoi ce paradoxe ?  

Le gouvernement n’agit pas assez rapidement en faveur de ses électeurs. A cela, certains répondent par une prise en charge partielle du problème. Le gros pollueur est impuni ; mais, n’ayant pas de prise dessus, il considèrent les solutions les plus immédiates et accessibles à défaut d’être individuellement les plus impactantes ou les plus justes. D’autres ne veulent pas forcément payer pour les erreurs des plus grands pollueurs. Souvent sur-responsabilisés tout autant que paradoxalement écartés des discussions sérieuses, les citoyens peuvent devenir réticents. Agir vite ou ne pas agir, là où la lenteur administrative, le court-termisme, mais aussi le lobbyisme et les conflits d’intérêts économiques font traîner des pieds à la démocratie, telle est la question. Que répondre ? Dialoguons. Et en attendant, tentons deux ou trois actions. Sait-on jamais ?

Des idées pour les deux ou trois actions : 

Crédit photo : Arend

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