« Spider-Man into the Spiderverse » : ce qu’en pense ma maman

« Spider-Man into the Spiderverse » : ce qu’en pense ma maman

Le mois dernier, j’ai fait une petite expérience sociologique. J’ai trainé ma mère jusqu’au cinéma pour voir Spider-Man into the Spiderverse. Certains diront que je n’ai pas de cœur, mais je considère qu’il n’y pas d’acte plus responsable que de faire l’éducation culturelle de ses parents.

Le test était de savoir si oui ou non elle allait s’endormir pendant la séance car c’est plus ou moins sa façon d’estimer la qualité d’un film. S’il est bon, elle le regarde en entier. S’il est très bon, elle pleure devant. Et si c’est ce qu’elle qualifie couramment de « grosse daube », elle s’endort. Après ce test n’est pas fiable à 100% : elle s’est endormie devant le dernier Avengers. Décryptons ensemble son expérience du film…

Viser l’originalité

Spider-Man into the Spiderverse ou Spider-Man : New Generation en France (on passera sur l’idée saugrenue de « traduire » un titre destiné au public français en anglais), c’est le pari osé de Sony pour montrer qu’ils sont encore dignes de faire des films sur l’homme araignée, notamment après l’échec de la franchise The Amazing Spider-Man. L’ennui, c’est que c’est le troisième film de l’année autour de la mythologie de Spider-Man après Infinity War et Venom. Qui plus est, il s’agit d’un film d’animation et là-dessus ma mère, très représentative de la population française des « + de 30 ans » en général, est catégorique : « Les dessins animés c’est pour les gosses. »

Pas évident pour Sony donc de faire avaler cette pilule pour tout le monde sans risquer l’overdose. Leur seule chance : être original. La réponse de Sony : un jeune Spider-Man métis, latino-africain, une fillette avec un robot et un cochon… entre autres. Et oui, Sony a joué la carte du Multiverse (un concept très comics selon lequel il existe une multitude d’univers parallèles semblables au nôtre mais légèrement différents). Ainsi le Peter Parker d’une vingtaine d’années, qu’on aurait pu prendre pour le héros du film (si on n’a pas vu les bandes-annonces) meurt dans les vingt premières minutes. Ma mère n’a pas pleuré.

Cool et pourtant…

Bon il faut être honnête, le film est canon. La musique est dynamique et prenante, les dessins sont splendides, l’animation tout autant ! Il y a ce mélange de cartoon et de comics qui se marient à la perfection. Les méchants sont… corrects, certains davantage que d’autres, et les dialogues sonnent toujours justes. Le scénario s’enchaîne sans longueur et le climax est très réussi. Le vrai point fort du film c’est surtout la relation élève-mentor qui s’installe entre un Peter Parker vieillissant et bedonnant, et l’ado plein d’hormones et fan de street art qu’est Miles Morales. Alors qu’est ce qu’on pourrait bien reprocher à un film à ce point réussi ?

Son scénario est terriblement simple. Encore une histoire où les super-héros sauvent le monde, où le novice doit affronter ses peurs pour devenir meilleur, où les méchants semblent être sur le point de triompher mais échouent au dernier moment, où tout le monde pleure et rit à intervalle régulier. C’est presque devenu une chorégraphie que les studios maitrisent à la perfection. Oui, ce film gratte une partie jamais explorée de l’univers de Spider-Man ; oui, les personnages sont tous (ou presque) attachants ; oui, ce film est cool à regarder, voire génial si vous êtes un fan de comics ! Mais si vous êtes ma mère, vous avez déjà vu ça, vous savez comment ça va finir, alors vous dormez.

Le problème super-héroïque

C’est un problème de plus en plus récurrent dans les productions du genre. La formule des films de super-héros est extrêmement répétitive principalement dans sa construction narrative. Malgré quelques variantes, peu de tentatives sont vraiment parvenues à sortir du lot. Si ça ne se ressent pas encore dans les chiffres toujours très bons des films Marvel, certains en souffrent déjà et peine à se réinventer. On pense immédiatement aux X-Men de la Fox ou encore aux films DC de la Warner. 

Spider-Man était très présent ces derniers temps. Depuis 2012, pas moins de six films mettant en scène le personnage sont sortis et un nouveau est prévu pour 2019. Nous sommes en droit de nous questionner quant à l’avenir du personnage dans le cœur du grand public. Même si le genre super-héroïque est encore très jeune, il n’a été que peu exploré. Des efforts de créativité comme Watchmen en 2008 ou Black Panther, dans une moindre mesure, dix ans après, sont souvent le coup de fraicheur dont ont désespérément besoin ces productions. Spider-man sera-t-il le prochain à se faire un lifting créatif ?

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