Gilets jaunes #2 : Refaire démocratie

Gilets jaunes #2 : Refaire démocratie

Le mouvement des Gilets jaunes témoigne d’une crise de la démocratie représentative telle que nous la connaissons depuis 50 ans.

Plus qu’un simple ras-le-bol, c’est bien une perte de confiance envers les politiques et leur action à laquelle nous assistons dans les rues depuis deux mois.

La représentation rejetée

On peut tirer un constat des dernières semaines mouvementées que le pays a connues : la confiance en les chambres parlementaires a volé en éclat. Sur les réseaux sociaux et les ronds-points, on dénonce des politiques perçues comme allant à l’encontre des intérêts du peuple et reflétant bien plus la corruption des élus, ainsi que leur déconnexion de la vie des populations.

Au sein même des Gilets jaunes, on a remarqué au fil des semaines une grande difficulté à se faire représenter, celui tentant de porter la voix du collectif suscitant des réactions épidermiques et même menacé de mort. Cela met en évidence, premièrement, les contradictions d’un mouvement qui se veut collectif mais dont les individus ne veulent être représentés que par eux-mêmes, singulièrement. Deuxièmement, cet état de fait est le résultat de multiples déceptions vécues par ceux qui ont pu faire confiance un jour en la politique. Combien d’humiliations a-t-il fallu pour qu’un tel discours soit généralisé (peu importe sa vérité, nous sommes dans le domaine du ressenti) ? Déjà, François Hollande s’était illustré avec sa petite pique envers les « sans-dents » …  Force est de constater que l’on est confronté à une grande remise en cause de tout ce qui constituait le socle de notre système politique. 

L’urgence : refaire Cité

Il y a donc une urgence : celle de rétablir un espace politique et démocratique sain, où l’on puisse à nouveau accorder sa confiance à autrui. Reconstruire, donc, un espace de dialogue où la contradiction n’est pas seulement acceptée, mais exigée. En effet, la démocratie prend sa source dans le désaccord et le contradictoire. Ainsi, un grand débat national est prévu en 2019 par le pouvoir en place. On peut y voir la tenue du débat raté des élections de 2017. Toujours est-il que l’amorce d’un renouveau de dialogue est positive.

Toutefois, cette amorce sera sûrement insuffisante : les réseaux sociaux ont remplacé l’Assemblée et le Sénat en termes de confiance et d’expression, on accorde aujourd’hui plus de confiance à son propre avis qu’à celui d’un député ou un sénateur. Ce sentiment s’explique par l’idée répandue que l’Assemblée est une machine robotisée qui dit oui à tout ce que désire le gouvernement, sans contradiction ni discussion. Si le principe d’une majorité parlementaire est de faire appliquer la politique du gouvernement dans le législatif, l’opinion déplore le manque de contradiction et de débat au sein de ce qui est censé être l’antre du dialogue.

Et déjà, le grand débat fait scandale, après que le salaire de Chantale Jouanno a été révélé et jugé trop élevé. L’ancienne ministre de Sarkozy a préféré jeter l’éponge et laisser l’organisation du grand débat national à quelqu’un d’autre. Ainsi, même au sommet, l’exigence démocratique apparaît comme artificielle et difficile à appliquer.  

Quelles solutions apporter alors ? On peut envisager l’idée de rendre publics les débats internes aux groupes parlementaires, afin de voir la fabrique d’une décision commune. L’avantage de cette mise en scène serait de connaître plus en profondeur la pensée des députés, leurs socles intellectuels, et surtout de voir la contradiction au sein d’une même famille politique déboucher sur une prise de décision commune, fondée sur le consensus, le compromis et la volonté de faire le mieux.

Le risque serait de fragiliser la majorité. Sous Hollande, les frondeurs ont mis à mal le pouvoir parlementaire socialiste. Néanmoins, si la contradiction est assumée, encadrée et organisée, on pourra prétendre obtenir un débat contradictoire constructif. A l’heure du voyeurisme des réseaux sociaux, il ne serait pas mauvais de s’en servir pour mettre en scène la contradiction positive et le compromis mesuré, seule éthique viable dans ces temps troublés.

Redonner vie à la représentation par la participation ?

On a vu, ces derniers jours, monter la peur d’une ochlocratie, régime où la foule imposerait sa volonté à toute la population. Si les raisons de cette peur peuvent-être comprises, on peut tout de même craindre le surgissement d’un discours prônant le pouvoir des experts et de ceux qui savent. Afin d’éviter de renforcer le clivage naissant entre populismes et technocratie, c’est entre ces deux pôles qu’il faut bâtir le renouveau politique de la Cité. Accentuer l’accent sur le demos n’est pas céder aux sirènes du populisme ou de la foule, c’est exiger des experts juristes, techniques, politiques qu’ils fassent un pas vers le peuple, et exiger du peuple qu’il fasse un pas vers les experts. En acceptant des avis contraires et en faisant l’effort de les entendre et comprendre, un espace politique public sain est possible.

Concrètement, des solutions sont proposées et possibles : des referendums plus fréquents, bien encadrés en termes de procédures de déclenchement et de thèmes (il serait dangereux de toucher aux questions budgétaires ou révocatoires). La philosophie de telles proposition est de pluraliser la verticalité, et lui donner deux sens : du haut vers le bas, certes, mais également du bas vers le haut. 

Pour rebâtir l’espace politique public, il faut s’appuyer sur la réémergence des consciences collectives : l’individu doit se défaire de lui-même pour accéder à la chose publique.

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