Histoire et réchauffement climatique

Histoire et réchauffement climatique

Chaque année, France Culture organise un forum en partenariat avec la Sorbonne. Cette année, le réchauffement climatique était à l’honneur.

Cet article est librement inspiré de la table-ronde « La Fabrique de l’Histoire » avec Jean Jouzel (climatologue), Laurent Litzenburger (historien), Alexis Metzger (géographe) et Anouchka Vasak (climatologue). 

Historiciser les phénomènes et tendances

Etudier la crise environnementale à travers un regard d’historien, c’est tout d’abord historiciser les faits et tendances. C’est éviter le phénomène « whaou » : croire que tout est nouveau sans s’interroger pour savoir si cela a existé ailleurs ou bien dans le passé, s’il y a eu des précurseurs ou des tentatives. La crise environnementale est médiatisée depuis une trentaine d’années. Mais les hommes n’ont pas attendu les années 90 pour s’intéresser au dérèglement climatique. En effet, ce sujet émerge dès 1800 avec le naturaliste et géographe allemand Alexander von Humboldt. Lors d’une exploration en Amérique du Sud, il fait face aux conséquences néfastes de l’activité humaine sur la biodiversité. Le géographe observe la déforestation ou encore l’assèchement de lacs. Il sera un pionnier de l’écologie. Et plaidera notamment pour que l’homme cohabite avec la nature et non qu’il soit « le possesseur des lieux » comme l’affirmait Descartes.     

La paléoclimatologie

A partir de données historiques, on peut étudier les climats passées et leurs variations : c’est la paléoclimatologie. Cette science qui se sert de l’histoire cherche les conditions environnementales anciennes à travers les températures des continents, de l’atmosphère et des océans. C’est pour cela qu’on utilise le préfixe « paléo » qui désigne ce qui est ancien ou disparu depuis longtemps. Elle a notamment mis en avant le « Petit âge glaciaire ». Cette période climatique très froide qui a eu lieu entre le milieu du XIVème et le milieu du XIXème dans l’hémisphère nord. Plusieurs causes ont été associées à ce petit âge de glace : une faible activité solaire, une baisse des températures et une augmentation des précipitations. 

Quand le passé éclaire le présent et le futur…

Pourquoi reconstituer les variations climatiques anciennes alors qu’il y a déjà suffisamment de quoi s’occuper avec le réchauffement climatique actuel ? Tout simplement parce qu’étudier la sensibilité climatique via ses variations permet parfois de dégager ses causes. On peut ainsi comprendre l’évolution du climat actuel et éventuellement anticiper des menaces et dangers. C’est aussi en se penchant sur le passé que l’on peut trouver des solutions pour l’avenir. Il est aujourd’hui plus que nécessaire d’agir face à un dérèglement climatique, un appauvrissement des sols et une crise de la biodiversité toujours plus violents et irréversibles. Et tout cela à cause des activités humaines depuis la Révolution industrielle. L’homme étant devenu propriétaire de la nature, la « mesure de toute chose » (Protagoras).

Etudier la résilience humaine face au climat

Les variations climatiques ont toujours existé. De fait, comment les hommes et les sociétés ont fait face à ces dernières ? C’est ce que désigne la théorie de la « résilience » importée en France par le psychiatre Boris Cyrulnik. La résilience est un concept flou qui peut être défini comme la capacité à se reconstruire et aller de l’avant après un événement traumatique. Elle peut concerner un individu, une communauté ou encore une société toute entière. Etudier la résilience humaine face au climat, c’est relever les stratégies des sociétés mises en place pour surmonter des catastrophes. On peut penser à l’approvisionnement urbain et le stockage alimentaire. Si les catastrophes varient au cours du temps, certaines stratégies de résilience peuvent être dupliquées. C’est le cas de l’autosuffisance (stockage), de l’entraide, de la solidarité intergénérationnelle, du partage de savoirs et d’un mode de vie inspiré de la sobriété heureuse. 

Pourquoi l’Histoire ?

En quoi l’Histoire serait-elle légitime dans l’étude du réchauffement climatique ? Au sein de l’opinion publique, la crise environnementale est essentiellement vue à travers le prisme des sciences. Car les sciences « dures » avec les données chiffrées servent à expliquer. On utilise moins les sciences humaines qui sont plutôt axées sur la compréhension des phénomènes. On réduit souvent cette approche au constat scientifique du réchauffement climatique. Mais on néglige ainsi une approche pluridisciplinaire et globale. Cette approche nous permet d’appréhender les interactions et imbrications de différents facteurs au sein d’un contexte spatio-temporel. La crise environnementale est plurifactorielle : l’historien a également son mot à dire en apportant un certain regard et des compétences. C’est le cas par exemple des comparaisons dans le temps qui permettent de mettre en valeur l’ampleur de cette crise. 

Pour finir, rien de mieux qu’écouter le podcast dans son intégralité !

Hits: 46