Critique du film “Colette”

Critique du film “Colette”

Vous commencez peut-être à le comprendre (ou pas), les biopics et moi c’est une grande histoire d’amour. Je trouve que la saveur d’un biopic est incomparable à celle d’un autre genre cinématographique.

En même temps d’apprécier le film, on en apprend davantage sur la vie d’une personne extraordinaire : deux fois plus de plaisir pour le prix d’un film ! Et je compte bien vous en dire davantage en revenant sur cette histoire passionnante.

Le scénario

Je dois vous avouer que je ne connaissais pratiquement rien au personnage de Colette. Oui, il est important de préciser que Colette est simplement le nom d’auteur qu’a choisi Sidonie-Gabrielle Colette. Je savais seulement qu’elle avait écrit pour Le Figaro et qu’elle avait inventé un col au nom de son héroïne… qui êtes-vous pour me juger d’abord ? C’est pourtant cette même femme qui a tant contribué à l’émancipation féminine et à la modernisation de la littérature française.

Pour le scénario, je trouve qu’il colle — à ce que j’ai pu comprendre — extrêmement bien à la réalité et cela fait vraiment plaisir à savoir. En effet, les villes, les dates, les personnages ou les multiples liaisons ont bel et bien existé. C’est également le cas pour les multiples scandales y compris lors de la représentation provocante de Colette au Moulin Rouge qui en embrassant son amante la marquise de Belbeuf, déclencha une émeute au sein d’un public essentiellement masculin.

Cette histoire est si palpitante que le script n’a pas besoin d’être embelli ou exagéré pour rendre l’intrigue captivante. C’est véritablement un pari bien risqué que de se lancer dans l’écriture d’un biopic. Il s’agit de rester fidèle à la réalité et en même temps combler les spectateurs. J’ai déjà approfondi la question du rôle de biopic dans une ancienne critique du film Marie Curie, alors si le sujet vous intéresse n’hésitez pas à y jeter un coup d’œil. Bon cela étant dit, passons du côté de l’écran, si vous le voulez bien.

La distribution

On ne peut pas parler de la forme du film sans parler de ses acteurs. Une chose est sûre, c’est que Paul Westmoreland (ou devrais-je plutôt dire Wash West), sait choisir ses acteurs.

La magnifique Keira Knightley est prodigieuse dans son rôle. Elle incarne terriblement bien cette romancière avant-gardiste mais pourtant fragile : une femme talentueuse et éminemment moderne. Il faut dire que l’actrice britannique est bien habituée aux rôles d’époque avec Orgueil et préjugés, Reviens moi ou encore La Duchesse, et dégage indéniablement cette classe de femme d’époque.

Dominic West, qui interprète à ses côtés le mari infidèle, joue remarquablement bien tant par son aisance scénique indiscutable que par son charisme ravageur. Un casting, des décors et des costumes adéquats qui retranscrivent à merveille l’atmosphère de l’époque. La longue tirade de Colette lors de sa séparation avec Willy est saisissante et prouve bien l’étendu de sa maitrise.

La réalisation

En ce qui concerne la réalisation, on constate une progression des personnages tout au long du film. Un mariage qui se fait et se défait avec le temps, une femme qui se découvre… cela se distingue d’autant plus dans ses habits et ses fréquentations. Une écrivaine qui rêve de laisser libre court à sa créativité et désobéir à son mari, finit par y prendre goût. Elle devient véritablement insoumise et ose finalement s’affranchir des règles sociales afin de s’épanouir et clamer ouvertement sa bisexualité lors de ses représentations. Une longue, et pourtant lente progression temporelle puisqu’elle s’étend de 1893 jusqu’à 1910. . L’auteure de la Vagabonde s’est éteinte à Paris en 1954 à l’âge de 81 ans, mais c’est précisément dans cette période de sa vie qu’il se produisit le plus grand envol de sa carrière.

Côté bande-originale, on a toujours le plaisir de retrouver Satie, Debussy et Saint-Saëns pour accompagner l’image.

En somme, je pense que ce film est un bel hommage rendu à une femme encore peu connue du grand public. Vivant dans l’ombre d’une imposture littéraire et sous le joug de son mariage voué à l’échec, Colette ose mettre fin à cette mascarade pour rétablir la vérité. Une histoire et un personnage inspirants qui je l’espère pourront susciter des vocations ou au moins donner l’envie de s’affirmer aussi bien pour ce que l’on fait mais aussi et surtout pour qui l’on est.

#love

Crédit photo : Mars Film

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