Comment faire une fake news ?

Comment faire une fake news ?

Non vous ne rêvez pas, Sorb’on vous propose aujourd’hui la recette pour réaliser une bonne fake news !

Un journal qui vous apprend à faire une fake news, ça peut vous paraître louche. Mais loin de nous l’idée de vous former à répandre les théories du complot les plus folles sur le monde. Pas de dinosaures au centre de la Terre. Pas de criminels de la Seconde Guerre Mondiale planifiant l’invasion de la planète depuis la face cachée de la Lune dans cet article.

Il est important de savoir comment créer une fake news, pour développer son regard critique sur l’information que l’on reçoit au quotidien. Pour rappel, une fake news est une “nouvelle truquée”. Soit une information publiée dans le but de tromper. On ne parle pas ici de simple erreur, mais bien d’une volonté de tromper. Pour simplifier l’article (et pour épargner au secrétariat un océan de 300 pages à corriger), on va se concentrer sur les fake news en France, les « informations fallacieuses » selon la Commission d’enrichissement de la langue française . Réussir une désinformation nécessite de bien préparer son mensonge. Pour cela, on va commencer par choisir le contenu de notre futur pépite, pour s’intéresser ensuite à sa diffusion.

Écrire une fake news, c’est comme écrire une pièce de théâtre

Choisir un thème pour notre information truquée, c’est comme écrire une pièce de théâtre. Pour que notre pièce attire le public, on choisit des acteurs célèbres. On va donc choisir un personnage connu, apparaissant souvent dans l’actualité, par exemple un candidat aux élections présidentielles. Les rôles des personnages sont également importants. Ainsi, le “méchant” classique est la presse, ou le “système”, qui ment et dissimule la vérité.

Comme une pièce de théâtre, notre fake news est construite autour d’une intrigue dans laquelle les acteurs jouent un rôle. Pour attirer l’attention, il faut qu’elle contienne “des événements extraordinaires” selon Arnaud Esquerre, sociologue interviewé par Le Point. En gros, plus l’histoire est étonnante, plus elle se diffuse. De plus, l’auteur d’une fake news n’a pas forcément pour but de persuader, mais uniquement de « faire disparaître le point de vue de l’autre ». Donc plus c’est gros, mieux ça passe.

L’important à retenir est que les fake news sont par nature faites pour être partagées. Elles doivent provoquer l’intérêt. Elles utilisent la célébrité des acteurs qui la composent pour se propulser dans les fils d’actualités de chacun.Elles mentent sur les faits afin d’attirer, en s’appuyant sur des chiffres flous ou faux, des témoignages inventés ou des photomontages plus ou moins réussis. Bien sûr, un article cherchant à provoquer l’intérêt du lecteur en traitant d’individus célèbres impliqués dans des histoires incroyables n’est pas automatiquement une fake news. Mais rester vigilant permet d’éviter de propager un mensonge.

« DIFFUSER AVANT LA CENSURE »

Maintenant, il faut s’attaquer à la diffusion de notre création. Une bonne fake news doit se répandre pour maximiser l’efficacité et le partage de notre information fallacieuse. Il faut également choisir la cible de la désinformation. Plus cette cible est sensible au message porté, plus le contenu va être partagé et réutilisé. Par exemple, les opposants au gouvernement seront plus sensibles à une fake news sur celui-ci. On peut aussi souligner l’importance des réseaux sociaux, comme le fait l’IRIS dans son article sur les fake news. Tout le monde y est émetteur de contenu, et un algorithme trie les contenus en fonction de nos préférences.
Pour gagner des points bonus, il faut rendre l’info précieuse. Pour cela, rajoutez à votre article une pincée de « À DIFFUSER AVANT LA CENSURE » ou « LA TÉLÉVISION VOUS LE CACHE ». Cela rajoute une contrainte de temps à votre article, et ça tape sur les médias et le fameux « système », que demander de plus ?

Enfin, pour sublimer notre fake news, il faut rendre son origine floue. Pour cela, on peut s’appuyer sur des « sources » qui mentionnent elles-même d’autre sources. Par exemple, on mentionne un article d’un site reprenant le contenu d’un article mentionnant une vidéo. Cette vidéo porte sur une hausse du prix des chaussettes. On conclut ainsi à un complot impliquant le journal Sorb’on et le Modem afin de s’emparer du pouvoir. Plus c’est flou et brouillon, mieux c’est. C’est ce qui s’est passé quand le site Sputnik News a relayé, en se basant sur les réseaux sociaux, la rumeur de la possible mort d’une manifestante belge samedi 6 janvier à Paris.

Pour résumer, une information proposée a une origine floue ? Elle provient d’un groupe ayant une opinion politique marquée allant dans le sens de l’information proposée ? Par exemple un groupe Facebook favorable à l’extrême droite partageant un article sur l’immigration. L’auteur est impossible à contacter ou anonyme ? Alors il vaut mieux garder le détecteur de mensonge sous la main.

Le rôle du journaliste

Ainsi, regardons notre check-list. On commence à avoir un bon début pour identifier une fake news : auteur inconnu, provenance douteuse et histoire extraordinaire. Mais là, on se retrouve avec un très gros problème. Parfois, certaines informations qui cochent une grande partie de ces cases sont vraies. C’est le cas des lanceurs d’alertes par exemple. Ils cherchent à garder l’anonymat, et dévoilent parfois des scandales qui pourrait sortir d’une série Netflix particulièrement tordue.

C’est là que le rôle du journaliste prend tout son sens. Il est censé y avoir un vrai travail d’enquête et une vérification derrière chaque information. Et un journaliste, comme chaque citoyen qui s’adresse à une audience, doit être responsable. Il doit pouvoir résister à la tentation du scoop et du choc à tout prix. Quitte à ne pas publier une information dont l’origine n’est pas assurée. Un journaliste doit démêler le vrai du faux. Il prend des risques en publiant une information, aussi bien pour sa crédibilité si l’information est fausse, que pour sa vie si elle est vraie. Citons par exemple au journaliste slovaque Jan Kuciak qui fût assassiné pendant une enquête sur les liens entre la mafia italienne et le gouvernement slovaque.

Et cela est d’autant plus difficile quand certains hommes politiques présentent des réalités alternatives. Parfois ils distordent la vérité en criant au fake face à de vraies informations. Par exemple Donald Trump qui a atteint le 5 juillet 2018 le triste record pour un président de 79 fake news en une seule journée selon le Washington Post. Tout en qualifiant les journaux d’ « ennemis du peuple » propageant des mensonges.

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