En quête de racines

En quête de racines

Yao est une force tranquille qui nous touche singulièrement par sa douceur. Au cœur d’une Afrique noire encore très sauvage, Philippe Godeau s’attache à l’Homme et le traite dans son état le plus pur.

En mettant en scène les relations complexes entre un adulte émigré et un enfant resté au pays, le film propose de repenser ce qui est essentiel.

La rencontre

Yao (le jeune Lionel Louis Basse) veut être explorateur. Il veut découvrir la mer comme dans Vingt mille lieues sous les mers, la terre comme dans Voyage au centre de la Terreet faire le tour du monde comme dans Le tour du Monde en 80 jours. Et quand Seydou Tall (interprété par Omar Sy) lui demande comment il a lu Jules Vernes (que lui-même n’a pas lu, alors qu’il écrit des livres) Yao répond « à la bibliothèque ». Pour Seydou, dans sa banlieue des Yvelines, « La bibliothèque c’est pour les filles ». Seydou Tall c’est le célèbre acteur que Yao adule, si bien que le jeune enfant parcourt plus de 300km pour le voir, à Dakar, où celui-ci est venu faire une séance de dédicace dans son pays d’origine. 

Philippe Godeau met en lumière un diptyque caractérologique entre un enfant et un adulte. Le début d’une relation entre un homme qui vit sur la terre de ses ancêtres, et un autre qui vit désormais en France. Entre quelqu’un qui sait qui il est et un autre qui se cherche. Mais avant tout, ce film est une rencontre. Une rencontre entre un enfant qui invoque un esprit paternel (en répondant à l’appel du fils de Seydou) et un adulte qui se laisse aller à des histoires sans lendemain. Une rencontre entre un homme lassé par sa vie mouvementée d’artiste populaire et riche, face à l’enfant pauvre, simple, mais sensible, intelligent et clairvoyant.

Un film humaniste

Bien loin des comédies frivoles dans lesquelles le grand public l’a découvert (Nos jours heureux, Intouchable) Omar Sy déploie ses larges ailes d’acteur profond. Chargé d’émotions, il incarne l’allégresse, le doute et l’agacement dans une parfaite harmonie linéaire. Les enfants n’en sont pas moins dénués de mérite. Notamment Yao qui montre la voie humaniste à Seydou Tall qui vit dans une société moderne. Le paradigme proposé par Philippe Godeau est profondément humain, résolument optimiste, et prouve par l’exemple de la fiction, à quel point notre civilisation, si évoluée soit elle, est pressée, triste et insensible. 

Plus largement, Yao évoque l’insoluble équation à laquelle font face les émigrés aux quatre coins du monde. Il montre l’équilibre intenable entre s’intégrer à la vie française et rester attaché à son pays natal, en l’occurrence le Sénégal pour Seydou Tall. Une question dans l’ère du temps.

Crédit photo : Nouma Bordj

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