Les dessous pas si verts des voitures électriques

Les dessous pas si verts des voitures électriques

En écolo convaincu, tu envisages d’acheter une voiture électrique parce que c’est plus écologique ? Pas si vite ! Sorb’on te dévoile quelques éléments qui vont te faire réfléchir à deux fois…

Depuis quelques années, on ne compte plus les éloges des voitures électriques, notamment sur leurs vertus écologiques. C’est génial : elles ne rejettent rien, donc elles ne polluent pas ! Eh bien oui… mais non. En plus d’être un investissement important (car oui, une voiture électrique coûte plus cher que ta Twingo, même avec les primes !), ce type de voiture n’est pas aussi écologique qu’on le dit. S’il est vrai qu’elles ne rejettent rien quand elles roulent, d’autres éléments contribuent à en faire un moyen de transport pas si vert…

Une production très coûteuse en ressources

Le processus de production des voitures électriques pose de gros problèmes environnementaux, notamment lors de la fabrication des moteurs et des batteries. Ces pièces nécessitent de nombreux métaux parfois rares comme le lithium, le cobalt, le nickel… Et l’extraction de ces matériaux est désastreuse pour l’environnement.

En ce qui concerne le lithium, on l’extrait surtout en Amérique latine, généralement en Argentine, au Chili et en Bolivie. Les principaux problèmes tiennent au fait que l’extraction nécessite beaucoup d’eau, augmentant fortement les risques de sécheresse dans une région du monde où l’approvisionnement en eau constitue déjà un problème. L’utilisation de produits chimiques dans le processus d’extraction peut également conduire à des désastres écologiques : dans certains pays, cette eau est directement rejetée dans la nature, sans être traitée.

Quant au cobalt, les problèmes sont les mêmes, si ce n’est pire. Extrait majoritairement en Afrique, dont environ la moitié se trouve en République démocratique du Congo (RDC), les risques environnementaux s’accompagnent de conditions de travail dans les mines extrêmement difficiles et dangereuses, d’autant plus que de nombreux enfants y sont exploités. Les accidents sont fréquents et les risques pour la santé, notamment pulmonaires, sont élevés.

En ce qui concerne le processus de production, une voiture électrique est plus polluante qu’une voiture thermique. A titre d’exemple, la production d’une voiture électrique nécessite deux fois plus d’énergie que celle d’un véhicule thermique classique.

Le trop faible recyclage des batteries

A l’autre bout du cycle de vie d’une batterie, on trouve un autre problème : celui du recyclage des batteries. Celles-ci constituent un produit dit « sensible » car elles sont très puissantes du fait de leur importante énergie. Leur recyclage nécessite donc des conditions de sécurité très strictes et très poussées. En plus d’être très compliqué, ce processus s’avère extrêmement coûteux, si bien qu’il revient souvent moins cher d’extraire de nouveaux matériaux plutôt que de recycler ceux des batteries en fin de vie. Si un décret de 2009 impose de recycler au moins 50% du poids moyen des batteries (ce taux varie de 50 à 75% en fonction de la composition de la batterie), les usines se contentent bien souvent de ce seuil minimum, faute de moyens.

La question de l’origine de l’électricité

Même si elles ne rejettent pas de CO2 lorsqu’elles roulent, il serait erroné de dire que les voitures électriques sont propres lors de leur utilisation. Comme tout véhicule, elles émettent des particules fines à travers l’abrasion des freins et des pneus. Cette donnée apparait négligeable mais en réalité, selon l’Observatoire de la qualité de l’air en Ile-de-France, 41% des particules fines émises par le trafic routier en région parisienne proviennent de cette usure des freins et des pneus en 2015.

Mais les particules fines ne sont pas le seul problème lié à l’utilisation de ce type de véhicules. Une voiture électrique se recharge et vous n’êtes sûrement pas sans savoir que la production d’électricité est une source de pollution importante. En France, seulement 18% de l’énergie électrique produite sur le territoire est « propre ». Si le nucléaire, première source de production d’électricité en France avec 71% de la production en 2017, ne pollue pas en lui-même, il pose tout de même la question de la gestion des déchets radioactifs, qui le resteront pendant des millénaires ou plus. La question du nucléaire implique également celle de l’extraction de l’uranium, très coûteuse pour l’environnement. Ce matériau étant produit en dehors de la France (Niger, Canada, Kazakhstan, Australie…), son importation représente un coût très élevé, sans parler des conflits que l’uranium engendre, notamment dans certains pays africains.

Les énergies fossiles toujours appréciées

Il ne faut pas non plus oublier que 10% de l’énergie électrique française reste produite par des énergies fossiles (les centrales à charbon par exemple). Cette proportion est bien plus forte dans certains pays comme l’Allemagne ou la Chine, où respectivement 39 et 58% de l’énergie électrique sont produits par des centrales à charbon. A l’échelle mondiale, les énergies fossiles représentent les deux tiers de la production d’électricité, ce qui pose la question de l’impact environnemental réel de l’utilisation des voitures électriques dans le monde.

Des véhicules tout de même moins polluants que les voitures thermiques

Bien qu’elle ne soit pas aussi écolo qu’on le dit, la voiture électrique reste beaucoup moins polluante qu’une voiture classique. Selon une enquête de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) réalisée en 2017, une voiture électrique émet 2 à 3 fois moins de gaz à effet de serre sur l’ensemble de son cycle de vie qu’une voiture thermique classique. Si un véhicule électrique pollue plus lors de sa production, il pollue moins quand il roule. On estime ainsi qu’au bout de 30 à 40 000 kilomètres, le bilan carbone d’une voiture électrique s’équilibre par rapport à celui d’une voiture thermique, qui elle pollue beaucoup en roulant. Si les voitures électriques apparaissent moins nocives pour l’environnement, des solutions manquent pour que ces véhicules « verts » le soient vraiment.

La question des transports en général est centrale dans la lutte contre le réchauffement climatique, et de nombreux progrès restent à faire. Et ces progrès ne sont pas nécessairement ceux auxquels on pense… Car finalement, la vraie solution ne serait-elle pas la remise en question de ce modèle de la voiture individuelle à tout prix ? Pourrait-on envisager un monde où le transport collectif serait la norme ? A méditer…

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