Regards Croisés #2 : L’Homme Fidèle de Louis Garrel

Regards Croisés #2 : L’Homme Fidèle de Louis Garrel

Charlotte Merlet — Un air de Nouvelle Vague

L’Homme fidèle, on l’a toutes et tous rêvé. Dans son deuxième film en tant que réalisateur, Louis Garrel questionne cette notion de fidélité au sein du couple. J’avoue avoir été avant tout séduite par le casting féminin composé de Lily-Rose Depp et Laetitia Casta, qui dévoilent ici leur talent d’actrice.

Une histoire de l’intime

L’histoire se déroule dans un Paris gris et froid. Cela contraste avec la teneur sensuelle et particulièrement envoûtante de l’intrigue. On retrouve l’art et la manière d’un cinéma fortement influencé par la Nouvelle Vague. En effet, j’ai apprécié les plans longs et la voix narrative qui font toutes les caractéristique des films de ce mouvement.

On retrouve une approche digne de Godard, le père de Louis Garrel étant d’ailleurs l’un de ses disciples dans les années 60. Le traitement du triangle amoureux, empli de dilemmes est étonnement souligné par une pointe d’humour. Je me suis surprise à rire alors que je m’attendais à un de ces films d’auteur catalogué à tort comme chiant et inaccessible. Je me suis plu à prendre partie intégrante de cette histoire. Elle fait écho à des questionnements auxquels j’ai pu être confrontée. De plus, j’ai eu cette impression de participer pleinement aux échanges et doutes des personnages. Les yeux dans le trou de la serrure, les oreilles collées au mur, pour voir et entendre quelques confidences inavouables.

Mystère et force du féminin

Le couple initial que forme Abel (Louis Garrel) et Marianne (Laetitia Casta) va rapidement connaître la tourmente lorsqu’elle lui annonce qu’elle a un autre homme dans sa vie: Paul. C’est surtout la mort de Paul (no spoil c’est dans la bande annonce) qui va venir bousculer l’intrigue. On découvre alors le personnage de la jeune Eve (Lily Rose Depp) qui n’est autre que la soeur du défunt, éperdument amoureuse d’Abel depuis son adolescence. Le jeune Joseph, fils de Marianne, la suspecte d’avoir prémédité la mort de son père. Cet enfant digne du roman de Machiavel et des séries policières enquête donc activement et nous plonge dans un climat suspicieux.

Loin d’être traité comme un véritable film policier, le film met plutôt en lumière le mystère féminin. Louis Garrel place la femme au centre de son film et la dote d’un pouvoir, d’une force manipulatrice. La réplique entre les deux femmes “Alors c’est la guerre” donne le ton et les enjeux quant à la conquête de cet homme aimé. Il traite également du fait de devenir “femme”. À travers le personnage d’Eve notamment, femme- ado qui fantasme sur l’être aimé et l’assouvissement de ses désirs. Il est aussi question de la construction du mythe de l’homme aimé/fantasmé. Qui, une fois « acquis » perd de sa valeur et trompe les idéaux établis.

Ce film est certes aux antipodes des films à sensations parus à la même période comme L’Empereur de Paris avec Vincent Cassel en tête d’affiche. Il a néanmoins su me happer par la justesse de jeu de ce triangle amoureux. Mais aussi par le savant mélange des oppositions que sont la force et la douceur féminine, l’affront et la complicité, la perte et les retrouvailles.

Clémence Saunier — Lentement invraisemblable

L’homme fidèle, c’est Abel: il retrouve un amour de jeunesse (Marianne) et sera aussi une figure de “père” pour le fils de cette dernière… En parallèle, Eve, la soeur du défunt mari de Marianne, est éperdument amoureuse d’Abel et tente de le conquérir. C’est là toute l’intrigue. Malgré sa durée (1h30), L’ homme fidèle a réussi à me paraître bien long. Il m’a semblé être témoin d’un bref moment de la vie de personnages aux relations complexes. Sans qu’il soit possible d’y croire un seul instant et sans savoir ou cela me menait.

Le scénario et la mise en scène

L’homme fidèle m’a semblé manquer cruellement de dynamisme au niveau de l’action. Ce n’est pas qu’il ne se passe rien, mais les événements de leurs vies sont décousus. On cherche en vain une logique narrative et relationnelle. Il en est de même pour les dialogues. Le ton des acteurs m’a semblé bien monocorde et leurs paroles aussi superflues que la mauvaise blague (en est-ce seulement une) du fils de Marianne a Abel, affirmant que c’est en réalité celle ci qui a tué son mari.

À cela s’ajoute la frustration de devoir entendre des voix narratives -propres à chaque personnage- s’infiltrer dans mes pensées. Comme si l’on contemplait quelque chose que l’on ne comprend pas par le simple jeu des acteurs. On nous décrit leurs pensées intimes. N’étant pas particulièrement amatrice de ce procédé, il m’a gêné dans le visionnage du film.

Le jeu d’acteur

Par ailleurs, le jeu des acteurs ne m’a pas paru juste: les personnages n’avaient pas l’air d’être de “vraies” personnes mais étaient réduits à l’incarnation d’une émotion, d’un sentiment. D’Eve, je n’ai retenu que son amour obsessionnel. De Marianne, sa facilité à manipuler. Et d’Abel, sa dépendance à ces deux femmes.

Celui ci est toujours à leur merci. Réagissant à leurs demandes par l’affirmative, subissant ce qu’elles lui imposent. Il est également perdu dans sa tentative d’être une figure paternelle pour Joseph, le fils de Marianne. On peut comprendre qu’un tel homme existe une situation comme celle ci également. Mais aussi bien le jeu de l’acteur que le scénario le rendent peu crédible.

À l’agacement de voir un personnage qui ne prend pas ses propres décisions, s’est donc ajouté le fait que rien dans le scénario ne lui donnait le beau rôle. Impossible pour moi d’éprouver la moindre empathie pour lui, ballotté et déchiré entre ces deux femmes dotées d’un pouvoir de manipulation. Je n’ai ressenti que de la lassitude face à Abel. Perdu entre deux femmes. Perdu dans son rôle de “beau père”. Et perdu en amour.

C’est dommage, parce que ce personnage peu sûr de lui combiné à celui de Marianne, femme fatale, et d’Eve, jeune fille amoureuse d’un homme “inaccessible” aurait pu donner un certain ton poétique au film. Or, c’est l’ennui qui domine.

Dans un Paris gris et morose, L’homme fidèle nous offre une vision peu réaliste et très épurée de sujets comme la fidélité au sein du couple, l’amour ou encore la paternité. On assiste aux revirements amoureux du trio composé d’un homme perdu entre deux femmes, incarnations du mythe du “mystère féminin”, sans saisir ou le film veut nous mener…

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