Les élections présidentielles en République démocratique du Congo

Les élections présidentielles en République démocratique du Congo

[Cet article fut réalisé dans le cadre de la formation proposée à L’Académie, l’école d’initiation au journalisme du journal Sorb’on.]

Peut-on espérer un avenir meilleur pour la République démocratique du Congo grâce aux élections de 2018 ?

Un vent nouveau souffle sur la République démocratique du Congo. Après 17 ans de pouvoir total, Joseph Kabila (ancien président de la RDC) cède enfin sa place. Ainsi, le 30 décembre 2018, la Cour constitutionnelle congolaise proclame la victoire de Félix Tshisekedi (président du parti de l’Union pour la démocratie et le progrès social) qui obtient 38,7 % des voix lors des élections présidentielles en République démocratique du Congo. Mais sa victoire est contestée par l’opposant Martin Fayulu, représentant de la coalition Lamuka (qui signifie “réveille-toi” en lingala). Ce dernier proteste contre les résultats annoncés par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) du Congo ; selon lui le président Tshisekedi devait obtenir la seconde place avec 34,83 % des suffrages.

Ces élections présidentielles sont rocambolesques ; elles ont en effet connu de nombreuses failles… Dix jours avant le 23 décembre 2018, date de début des élections législatives et provinciales, l’entrepôt de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a été incendié dans la capitale de Kinshasa. Les élections ont donc été reportées au 30 décembre en raison de problèmes techniques et financiers. De plus, dans le pays, les habitants des villes de Béni et Butembo, situées dans le Nord-Kivu, ont été d’abord privés de scrutins officiels à cause du virus Ebola. Toutefois, les jeunes de ces villes ont eux-mêmes créé des urnes alternatives pour assurer les élections au sein de leur quartier.

Un pays riche, mais une population pauvre

Faire mieux que son prédécesseur Joseph Kabila, tel est l’objectif du président Félix Tshisekedi. L’élu à la présidentielle de 2018 a affirmé, le 15 août, lors de la présentation de son programme : “Il n’y a pas de fatalité à subir l’opprobre et à vivre la misère. Nous pouvons et nous allons sortir notre pays de son marasme. Une seule condition : changer le système économique et politique dans lequel survit notre présente société, injuste et décadente”. Le président congolais l’a compris, l’enjeu de transformation de la situation économique et sociale du pays est énorme.

Il existe en République démocratique du Congo un énorme fossé : la richesse du pays s’oppose à la pauvreté de la population. Il est vrai que le Congo est un pays riche grâce à son sous-sol, qui regorge de nombreuses ressources minières : or, coltan, cassitérite (minerai d’étain), principalement situés dans le nord-est du pays, au Kivu. Pourtant la plupart des Congolais meurent de faim et ne touchent en moyenne que 1,25 dollar par jour. Ils ne parviennent pas à vivre décemment ; hommes et femmes sont privés d’emplois, la société congolaise est frappée par des maladies (Ébola, paludisme), les habitants n’ont pas d’accès à l’eau potable ni à l’électricité. Les jeunes filles et jeunes garçons ne bénéficient pas d’un système éducatif.

Pour remédier à cette situation de crise, Félix Tshisekedi a élaboré son programme “vaincre la pauvreté” avec l’ensemble de la communauté internationale, et à l’aide d’une enveloppe budgétaire de 86,71 milliards de dollars – soit 25% du PIB national. Ce programme repose sur trois piliers : l’homme comme moteur du développement du pays, une croissance économique productrice d’emplois et protectrice de l’environnement, et une société solidaire afin de garantir la cohésion nationale. Les objectifs fixés étant de réduire la pauvreté en créant des emplois, pour ainsi permettre la viabilité économique du pays, et construire un monde plus sûr. Le tout sur une période de deux mandats présidentiels de 5 ans.

Reconstruire la Nation 

Le Congo Kinshasa, voit sa population diminuer de jour en jour, en raison du sol abondant de ses terres et des violences intercommunautaires. Hommes tués, femmes et enfants battus et violés : cela a entraîné la fuite de plus de 60 000 Congolais dans les pays voisins, depuis la mi-décembre 2018. Pour la plupart des cas, ces réfugiés arrivent de l’Ituri à l’Est de la République démocratique du Congo, par bateau de pêche dans le Congo voisin (Brazzaville), en Angola ou encore en Ouganda, où ont été accueillis sur les rives du lac près du village de Sébagoro des milliers de rescapés. Parmi eux, des femmes et des enfants, entassés dans de petits bateaux de pêche, fuyant l’insécurité de leur pays.

Ceci n’est pas une nouveauté pour le Congo Kinshasa, qui a connu le long et intense conflit des Grands Lacs en Afrique entre 1998 et 2003. Le scénario est le même : un conflit ethnique qui oppose 7 pays de l’Afrique centrale, et qui a pour point de départ de ces hostilités le Kivu. Le cœur du conflit : les enjeux économiques du Congo et de ses pays voisins, ainsi que leurs mauvaises gouvernances. Cette guerre de 3 ans a fait 3 millions de morts.

Le président Félix Tshisekedi, pour éradiquer ce fléau ayant détruit la Nation, va tenter de la reconstruire. Il a, dans son son programme électoral “vaincre la pauvreté”, élaboré un plan intitulé ‘Une Nation, une Armée”. Celui-ci a pour but de protéger le territoire national à ses frontières et à l’intérieur du pays, en 5 ans, et de supprimer les groupes armés et milices qui ont transformé la République démocratique du Congo. Cela repose sur six attitudes : connaître, prévenir, anticiper, dissuader ; et enfin, intervenir en cas d’urgence.

Article rédigé par Merveille Matumona

Crédit photo : Luis Tato / AFP

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