Je, tu, il se mobilise, nous nous mobiliserons … pour le climat !

Je, tu, il se mobilise, nous nous mobiliserons … pour le climat !

[Cet article fut réalisé dans le cadre de la formation proposée à L’Académie, l’école d’initiation au journalisme du journal Sorb’on.]

Agir pour le climat passe par le retour aux fondements démocratiques. Bienvenue à l’Agora place de la République du 27 janvier 2019.

L’éternel mauvais temps parisien était au rendez-vous en cette grise après-midi de janvier au cœur de la Capitale. À la sortie du métro République, raisonnaient les pas pressés des derniers retardataires venus se réunir pour le climat, bravant le froid hivernal de la nouvelle année 2019. Une « Agora d’action climat » se dessinait sur les mêmes pavés qui avaient accueilli « Nuit debout » en 2016. Aujourd’hui, sous des bâches de fortunes balayées par les vents et la pluie sont installés, pour la journée, des stands de sensibilisation à l’urgence climatique.

Depuis le dernier semestre 2018, une prise de conscience populaire et citoyenne a pris corps. Par trois fois, les Français ont marché dans les rues en criant leur désarroi face à l’urgence d’agir pour le climat. Fin décembre, la pétition l’Affaire du Siècle — dont nous avons déjà parlé ici et —lancée par quatre associations a été soutenue par plus de 2 millions de personnes. Le La venait d’être donné à un mouvement généralisé d’engagements citoyens qui ne reculeraient pas. Des organisations non gouvernementales, des associations, des penseurs, des scientifiques ou tout simplement des citoyens veulent apporter des éléments concrets dans cet éveil des consciences. Cet engouement ne s’arrête pas à la France. Au même moment plus de 60 000 citoyens ont marché en Belgique ce dimanche.

Rééduquer et informer

Quand on s’approche de l’Agora, on peut y écouter les conseils et informations des 225 bénévoles. En laissant traîner son oreille, on entend les reproches et les inquiétudes qui gangrènent les conversations. Notamment sur la mine d’or qui va être construite en Guyane, véritable catastrophe pour la biodiversité. L’ONG WWF accueille les enfants et les plus grands pour leur apprendre à composer des repas équilibrés. Une pédagogie autant ludique que nécessaire avec comme récompense un petit guide de consommation des fruits de saison. La sauvegarde de l’environnement passe aussi par une gestion toujours plus durable des ressources. Elle passe aussi par une rééducation des pratiques courantes de consommation.

Le collectif Citoyens pour le climat s’est fondé en réaction à la marche du 8 septembre. Il est un regroupement d’hommes et de femmes qui agissent de manière non violente et apartisane. Les membres se sont redistribué le travail entre différents pôles. Cela permet de coordonner au mieux leurs efforts et de fédérer toutes les actions bienveillantes qui feront le monde de demain. Laure Le Rouzic, bénévole dans le pôle communication témoigne avec espoir : « Les gens se sont déplacés, on change de schéma. Après les manifestations, on veut libérer la parole. On veut aussi favoriser les échanges entre associations, vulgariser la science et proposer un apprentissage méconnu des dispositifs utiles à la transition écologique. ». La jeune femme souhaite que ce rassemblement appelle les pouvoirs publics à s’engager. « Nous voulons l’ouverture d’un débat à la transition écologique et cela passe aussi par une couverture médiatique de l’événement ! ».

La démocratie qui libère la parole

Vers 14h30, une voix s’élève au centre de la place : « Rien n’est possible sans rapport de forces ! ». L’Agora des temps anciens prend tout son sens. Un tribun prononce son discours, dont l’écho rebondit sur les bâtiments de la République. Il sonne le glas d’un climat en perdition que nous, acteurs de demain, devons aider. La pluie n’arrête pas l’élan de volonté et de détermination de la petite assemblée qui écoute l’allocution raisonnant par-delà l’allégorique statue. L’orateur harangue la foule, interpelle l’État : « Marcher ne suffit plus. ». 

Que faire ? Parler, dialoguer, s’ouvrir à une démocratie d’une autre époque. Celle où l’on se retrouvait sur l’agora à Athènes, celle où les priorités des uns devenaient celles des autres. Aujourd’hui, ce carrefour des idées et des discussions s’agrandit avec internet et les réseaux sociaux. Le média Brut accompagne, grâce à sa diffusion live, les milliers de citoyens qui n’ont pas eu la chance de se déplacerUn nouveau forum à la romaine se matérialise dans la délibération et la participation. Cette Agora se veut festive, créative, constructive et ouverte à tous.

Exercer notre citoyenneté est incité par l’intermédiaire de cinq espaces de discussions. Leurs représentants se succèdent à la tribune : « Nous voulons construire la ville de demain ! », déclame l’un. « La crise des gilets jaunes est le premier mouvement social et écologique ! » affirme un autre, prêchant pour un intérêt convergent de la lutte pour la fin du monde et la fin du mois. Des lycéens et étudiants sont présents. Ils ambitionnent une grève pour le climat le 15 mars. Cela fait suite à la mobilisation en Belgique, et écho à la jeune militante suédoise Greta Thunberg. Elle avait appelé à la responsabilité de tous lors de son discours à Katowice en Pologne.

Au cœur du débat

La parole se libère et les idées fusent. Barthélemy, jeune comédien de 28 ans, est venu avec ses amis. Tous ont des parcours différents : juriste, ingénieur, monde de la mode ou encore Science po. Ce beau mélange de vocations est révélateur d’une diversité des profils qui se soucient de la lutte pour le climat. « Il y a un endormissement général…», soupire le jeune homme. « Je pense, qu’il n’y a pas de solution miracle, mais quand on en parle, on apprend. ». Un de ses amis s’approche et déclare : « Il y a des solutions. Il existe des fermes qui utilisent des méthodes d’agroécologie. Tout ce qu’on peut retrouver dans la permaculture et qui permet à un système de vivre de façon durable et surtout écoresponsable.». 

Au détour d’un espace de discussions les voix de Yves et Francois s’élèvent : « Il nous faut repenser le temps. Il faut du temps pour se faire du bien et faire du bien à la communauté ! ». « C’est plus facile de discuter avec des gens déjà convaincus. Il est nécessaire d’ouvrir le dialogue à un plus large public, pour cela, nous avons aussi besoin des médias. ». Des idées, simples, originales, évidentes. Mais il faudrait les mettre en application pour que chacun se sente concerné et utile dans une lutte qui fait converger tous les intérêts.

Mais alors que deux petites filles sont invitées à lire un texte de leur composition à la tribune, le vent se lève. Et puis, bientôt le miracle. Au-dessus de la nuée d’applaudissements, comme appelé par les clameurs des 8 500 personnes présentes, un rayon de soleil perce les nuages et éclaire la statue de la République. Les citoyens reprennent de plus belle : « On est chaud, chaud, chaud pour le climat ! ». Finalement, cette Agora n’est pas que climatique. Elle est politique, sociale, démocratique, pleine d’espoir et d’envies de voir la Terre et ses habitants ouvrir la voie à un idéal de mobilisation et d’implication, où chacun doit se sentir concerné par demain.

Article rédigé par Paula Monestié — Andreani

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