L’Etat doit-il impérativement retrouver l’équilibre budgétaire ?

L’Etat doit-il impérativement retrouver l’équilibre budgétaire ?

[Cet article fut réalisé dans le cadre de la formation proposée à L’Académie, l’école d’initiation au journalisme du journal Sorb’on.]

Si toute l’attention est portée sur le plan budgétaire 2019 du gouvernement d’Edouard Philippe, c’est essentiellement dû au fait que les perspectives budgétaires ont été contraintes de dévier de leur sillage initialement prévu.

Ce virage des finances publiques s’interprète comme une réponse à l’urgence sociale qu’incarne l’éclosion du mouvement des “gilets jaunes”.

En effet, l’objectif à long terme du gouvernement est de réduire les dépenses publiques de 3 point de PIB. Cela se modélise par le fait de ramener le rapport entre dépenses publiques et PIB  à 52%. Cela a pour finalité de rééquilibrer les comptes publics. 

L’idéal gouvernemental serait de mettre un point d’honneur à réaliser un excédent budgétaire en 2022. Signe fort d’une normalisation des politiques budgétaires. Un objectif qui semble tendre vers une pure utopie. 

Les Gilets jaunes modifient le budget

L’émergence du mouvement des Gilets jaunes a amplement bousculé les prévisions budgétaires faites par le gouvernement. L’ensemble des mesures d’urgence prises par lui ont un impact très net : une hausse concrète du revenu disponible des ménages. L’observation du graphique ci-dessous ne laisse planer aucun doute. 93% des ménages verront leur revenu disponible augmenter en 2019 par le biais de la politique budgétaire gouvernementale. C’est un gain moyen proche de 1% du revenu disponible. En comparaison, de 2008 à 2016, successivement sous la présidence de Nicolas Sarkozy puis de François Hollande, le revenu disponible moyen des ménages a baissé de 1,4% (Source : Ofce).

source : Institut des politiques publiques

Cette hausse généralisée du revenu disponible est nécessaire, face à la colère populaire et aux réclamations sociales. Il est cependant impératif de conserver un regard objectif sur ce que sont véritablement les failles du système français. La caricature illusoire qui voudrait que la France soit considérée comme un pays profondément injuste et inégalitaire est une hérésie.

Les maux sociétaux sont encore loin d’être éradiqués. Mais n’omettons pas que cette même France possède le niveau de dépenses sociales le plus élevé au monde (32% du PIB). Qu’elle est, par ailleurs, le deuxième pays d’Europe ayant le taux de pauvreté global le plus faible (3,1% au seuil de 40% du revenu médian. Source : Eurostat). De plus elle est le deuxième pays d’Europe ayant le taux de pauvreté des retraités le plus faible (3,6% au seuil de 50% du revenu médian. Source : Eurostat). Il serait irresponsable de renier le constat selon lequel depuis plusieurs décennies les efforts faits et imputables à l’Etat français sont sans effets sur la protection sociale.

L’impact du budget 2019 sur le déficit public

Ces mesures exceptionnelles, prises par le gouvernement, viennent alourdir le déficit public. D’autant que celui-ci fût initialement prévu comme relativement élevé d’après les prévisions faites. En effet, le gouvernement poursuit son programme au sein duquel les baisses de prélèvements obligatoires se multiplient. Baisse des cotisations sociales, dégrèvements de taxe d’habitation, exonération fiscale et sociale des heures supplémentaires (graphique ci-dessous).

source : Institut des politiques publiques

In fine, le budget étatique 2019 conduira à un déficit public de 3,4% du PIB (Prévision du ministère de l’économie et des finances), soit 0,8 point de pourcentage de déficit supplémentaire par rapport à 2017 et 2018, où le déficit s’est établi à 2,6% du PIB.

Pourquoi tant s’acharner à normaliser les comptes publics ?

Le point central est de comprendre que le déficit budgétaire réalisé sur une année, peut s’appréhender comme un pari fait sur l’avenir. Autrement dit, l’Etat peut se permettre de faire du déficit en projetant que la santé économique sera meilleure dans les années à venir. Ce qui compensera les déficits engagés initialement. Le déficit budgétaire, c’est finalement prendre un peu d’avance sur l’avenir. 

Or, les prévisions de croissance à l’horizon 2020 ne sont que 1,5% (Source : Ofce). Ce qui n’est guère suffisant si l’objectif final est de compenser le déficit budgétaire. Plus pessimiste encore, la croissance potentielle, c’est-à-dire la tendance de la croissance à long terme, n’est estimée qu’à 1,25% par an en France. 

Par ailleurs, le rééquilibrage des comptes publics paraît nécessaire dans une optique de regain de marge de manœuvre en cas de crise économique. Après 11 ans de croissance mondiale, le risque de voir se dessiner une crise économique s’accroît. Un choc international venant frapper l’ensemble des économies nationales prochainement n’est pas à exclure. Si ce scénario noir était amené à se réaliser, des déficits budgétaires substantiels devront être mis en place dans chaque pays. Ce, afin de contrer au maximum l’impact de la crise économique. Or, si la France s’enlise prématurément dans des déficits budgétaires considérables, elle se retrouvera probablement démunie, avec de très faibles marges de manœuvre, en cas de crise. Car tout déficit a une limite. Aucune dette publique ne peut s’accroître indéfiniment sans jamais poser la question de sa restriction ou de son annulation. Voire la question problématique de la solvabilité pouvant mener au défaut du pays considéré. 

Faire du déficit public, c’est accepter un accroissement du dérèglement climatique

Effectivement, le déficit public peut sembler être la solution aux maux sociétaux, tout en étant porteur d’une croissance future. Mais il s’agit de s’interroger sur quel type de croissance ce déficit serait porteur.

La croissance est, dans le monde tel qu’il est actuellement, génératrice de dérèglement climatique. Chaque pourcentage de PIB supplémentaire est basé sur une consommation excessive de combustibles fossiles, sur une production d’énergie massive, sur une déforestation conséquente. 

Il apparaît nettement que, dans notre modèle de production actuel, la promesse de croissance s’accompagne implicitement d’une promesse de hausse du réchauffement climatique. 

Se tromper sur la nature même de la croissance serait une grave erreur, elle est aujourd’hui causale de l’urgence climatique. L’oublier serait une faute morale : la croissance est “réchauffante”.

Credit : realites.com.tn

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