Parcoursup 2019 #2 — L’échec de Parcoursup raconté par ceux qui l’ont vécu. I: Ceux qui s’en sont (plutôt) bien sortis

Parcoursup 2019 #2 — L’échec de Parcoursup raconté par ceux qui l’ont vécu. I: Ceux qui s’en sont (plutôt) bien sortis

Parcoursup… Comme Benalla, c’est un nom qui a disparu avec la fin des vacances d’été… Avant de revenir avec fracas en ce début 2019. Cette année, Parcoursup, c’était plus de 800 000 candidats. Les Millenials sont arrivés avec fracas.

À l’ouverture de la procédure, le 22 mai 2018, près de la moitié des candidats étaient encore en attente pour tous leurs vœux. Pour APB en juin 2017, ils représentaient moins de 20%. Le 5 septembre 2018, la ministre Vidal annonce que « 3 000 bacheliers » sont sans affectation. Le décompte officiel rendu public la veille, lui, est passé inaperçu : plus d’un quart des candidats encore dans l’incertitude. Avec APB un an auparavant, ils étaient moins de 3%.

Mais alors qui sont-ils, tous ces néo-bacheliers, crash tests de Parcoursup ? Sorb’on a mené l’enquête auprès de cinq d’entre eux.

Aujourd’hui, on a interviewé Noémie et Calliopé, pour qui Parcoursup s’est (presque) bien passé.

« Plutôt bien passé »

En classe préparatoire physique-chimie à Lyon, Noémie nous livre une expérience sans accrocs. « Pour ma part, confie-t-elle, ça s’est plutôt bien passé. » D’abord, c’était prépa scientifique ou rien. Elle n’a donc inscrit « que » cinq vœux principaux sur Parcoursup. Son vœu préféré a été accepté sans réserve, et l’a « vite soulagée ». Son seul regret : les frais de dossier demandés par l’Institut National des Sciences Appliquées (INSA) et d’autres écoles d’architecture qui l’ont découragée à postuler chez eux.

Admise en prépa… après la rentrée.

Pour Calliopé, en prépa à l’Institut National Polytechnique de Toulouse, ça a été moins évident. « J’ai obtenu le vœu que je souhaitais, mais ce après la rentrée, alors que j’avais déjà commencé les cours de mon deuxième choix. », explique-t-elle. Entrer en prépa en cours de route n’a pas été une mince affaire : « j’ai dû rattraper une semaine de cours. Au début, ça a été stressant, mais les gens m’ont bien aidée, donc avec du recul ça allait ». Elle ajoute : « En créant Parcoursup, ils (le gouvernement, ndlr.) ne se sont pas forcément attaqués au bon problème. Le gros problème n’était pas APB en soi, même si le tirage au sort était clairement une mauvaise chose, mais qu’on manque de places dans le supérieur en général, et que ce n’est pas la création d’un nouvel algorithme qui changera ça. »

Les dysfonctionnements qui en ressortent

Noémie et Calliopé pointent toutes deux d’importantes carences du Supérieur.

Les frais

D’une part, certaines grandes écoles exigent des frais de dossier, de concours ou d’inscription qui, comme pour Noémie, découragent de nombreux candidats. « Un étudiant qui présente plusieurs concours va facilement en avoir pour 800 ou 1 000 euros », explique Francis Jouanjean, délégué général de la Conférence des grandes écoles (CGE). « La note est d’autant plus salée qu’ils doivent aussi souvent y ajouter des frais de transport et d’hébergement, lorsque les épreuves ne se déroulent pas dans leur ville », ajoute William Martinet, ex-président de l’UNEF, principal syndicat étudiant français. Par ailleurs, l’augmentation des frais d’inscription à l’Université pour les étudiants non-européens ne sera pas sans conséquences. Multiplier par 16 l’inscription en licence (2 770 euros au lieu de 170) comme en master (3 770 euros à la place de 243) risque vraisemblablement d’être un frein considérable à l’égalité devant l’éducation. 

Les fonds insuffisants alloués au supérieur

À la rentrée 2017 comme cette année, les classes de TD surchargées et les amphis bondés sont devenus monnaie courante. Et pourtant, le même ministère de l’Enseignement supérieur qui déplorait un manque de moyens a réussi, entre le printemps et l’été, à mobiliser 1,7 million d’euros pour délocaliser les examens, repeindre les murs, installer des pics sur les grilles et blinder les portes des amphithéâtres de Tolbiac (pour tout savoir sur la réouverture du site de Tolbiac, cliquez ici).

Si les objectifs du gouvernement ne sont pas clairs, on peut constater que le Supérieur manque de plus en plus de moyens pour mener à bien sa mission de service public. On ne peut s’empêcher alors de penser au philosophe de renommée mondiale Noam Chomsky, qui, à la question, « Comment détruire un service public ? » a répondu : « Commencez par baisser son financement. Il ne fonctionnera plus. Les gens s’énerveront, ils voudront autre chose. C’est la technique de base pour privatiser un service public. »

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