Le breakdance bientôt aux Jeux Olympiques ?

Le breakdance bientôt aux Jeux Olympiques ?

[Cet article fut réalisé dans le cadre de la formation proposée à L’Académie, l’école d’initiation au journalisme du journal Sorb’on.]

Le breakdance serait bel et bien lice pour intégrer le plus prestigieux des tournois sportifs, ce qui n’est pas sans poser quelques questions.

Une première !

Jeudi 21 février, le breakdance (ou « bboying ») a été intégré à la liste des sports additionnels pressentis pour les Jeux Olympiques 2024 à Paris, aux côtés du surf, de l’escalade et du skateboard. 

En effet, le Comité d’organisation des Jeux Olympiques (COJO) s’est réuni à La Défense. La cérémonie permet, à compter de l’édition de 2020 à Tokyo, d’ajouter au maximum 5 disciplines aux 28 traditionnelles. Toutefois, cette proposition sera examinée par la commission des sports du Comité international olympique (CIO) en mars. Puis elle sera présentée à la session du même CIO en juin. Le choix n’est donc censé devenir définitif qu’en décembre 2020, soit quelques mois après les JO de Tokyo.

Ce qu’en pense le hip-hop français

Il demeure que l’inscription du breakdance au sein d’une telle compétition est une nouveauté pour le hip-hop français. Importé d’outre-Atlantique, plus exactement du Bronx à New York. Cette danse hip hop au sol s’est pourtant bien développée en France depuis les années 90. Aujourd’hui les danseurs français et leurs crews sont devenus des poids lourds dans les battles internationaux. Patrick Duteil (alias Sydney), pionnier de la culture hip-hop en France et l’ayant vulgarisé au grand public par son émission H.I.P. H.O.P. en 1984, se dit « agréablement surpris ». Car « c’est l’aboutissement de 35 ans de travail acharné pour faire valoir que le hip-hop est une culture à part entière. » 

Pourtant,cette innovation fait aussi s’interroger le monde hip-hop : « Ce qu’ils vont proposer aux JO, est-ce que ça va nous représenter ? » se demande Youval Ifergane, speaker lors de la plupart des événements hip-hop de la région parisienne. Yasmine, danseuse new style est elle aussi mitigée : “D’un côté je suis heureuse qu’une des danses issues de la culture hip hop soit enfin reconnue. Mais d’un autre côté je suis aussi sceptique sur le déroulé des démonstrations : comment vont-elles être jugées ? Par qui ? Va-t-on conserver le battle qui est au coeur de la pratique ?”. Le CIO, il est vrai, ne s’est pas encore exprimé sur le sujet.

Sport artistique ou Art sportif ?

Le bboying nécessite une condition physique irréprochable pour effectuer des figures acrobatiques et des gestes au sol. Mais il n’en reste pas moins une danse, c’est-à-dire un enchaînement de mouvements artistiques effectués en rythme. Et comme dans tout art, il y a des codes.

 Dans le cas du hip-hop, se confondent une attitude (la “street credibility”) et une éthique (résumé par le slogan d’Afrika Bambaataa : “Peace, Love, Unity and Having Fun”). Certains pensent que le breakdance va y laisser son authenticité et perdre son côté underground  en entrant dans une telle compétition. Ouili, b-boy, lui, n’est pas de cet avis : “La compétition peut donner une certaine légitimité aux breakers. Quand un danseur dira ‘Je suis champion olympique’ il aura une forte crédibilité.” Et il ajoute : “Cela pourra donner plus de moyens à des associations de bboying et continuer à professionnaliser la discipline.” .

Toutefois, il est important de s’interroger sur le choix des organisateurs, à savoir sélectionner une seule des nombreuses danses que constituent le hip-hop. En effet, le popping, le locking, le new style, la house dance, le top rock, le LA style et bien d’autres styles le composent. Mais alors à quoi est dûe cette discrimination des danses debouts ? Sont-elles moins reconnues comme des sports mais davantage comme des arts aux yeux du comité ? Cela est probable.

Attirer la jeunesse aux JO

Néanmoins, notons que le breakdance a déjà fait parti des Jeux Olympiques de la Jeunesse à Buenos Aires, l’année passée. Il avait su conserver sa forme de battle. L’historien de l’histoire du sport Patrick Clastres décrypte ainsi le processus en œuvre au sein des Jeux Olympiques : « Le CIO mesure depuis une décennie le recul de l’intérêt des populations urbaines juvéniles pour les sports historiques. Il se sert des Jeux olympiques de la jeunesse [JOJ] comme d’un laboratoire pour de nouveaux sports afin d’identifier de potentiels sponsors et d’établir le dialogue avec des institutions qui les représentent à l’échelle mondiale. »

« Mais la vraie question est : le hip-hop a-t-il besoin des Jeux olympiques ? », s’interroge finalement Youval Ifergane. Rien n’est moins sûr. Il faudra donc attendre encore un an avant de savoir si oui ou non le hip-hop entrera dans la danse.

Crédit photo : B-boy Lilou (Pockemon Crew) au Juste Debout 2011

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