Incassable / Split / Glass : le twist de l’univers étendu

Incassable / Split / Glass : le twist de l’univers étendu

Le film de super-héros est devenu monnaie courante de nos jours mais ce n’était pas le cas en 2000 lorsque M. Night Shyamalan amorce son triptyque sur le thème de super héros.

Au fil des années, il aura su renouveler ce thème pour créer une trilogie passionnante.

Incassable mais vrai

En 2000, Incassablesort au cinéma dans le monde entier. Le film est un énorme succès commercial malgré des critiques assez mitigées. Le réalisateur M. Night Shyamalan n’en est pas à son premier coup d’éclat puisque son précédent film Sixième Sensest l’un des films les plus rentables de tous les temps.

Dans Incassable, il met en scène David Dunn (Bruce Willis, également vedette de Sixième Sens), un modeste employé de sécurité dans un stade, qui s’aperçoit après un accident de train dont il est le seul rescapé qu’il est “incassable”. Il fait la rencontre de Elijah Price (Samuel L. Jackson), un homme passionné par les comic books qui est atteint de la maladie des os de verre. Shyamalan les filme comme deux amis que tout oppose physiquement (Blanc-indestructible / Noir-fragile), et mentalement, Price étant d’une intelligence rare. Incassablen ‘est pas qu’un “simple” film de super-héros –  il est d’ailleurs sorti avant la déferlante des films Marvel / DC – c’est un film qui s’intéresse au traitement de la figure des super-héros par eux-mêmes et leurs proches.

En effet, nous voyons avant tout dans le film la relation qu’entretient David Dunn avec sa famille ou avec Elijah Price, plutôt que des scènes d’actions super-héroïques. Assez sombre, le film nous montre que les pouvoirs de Dunn ne lui sont pas toujours bénéfiques, sa famille en souffre (la scène du pistolet avec son fils nous montre brillamment l’étendue des problèmes entre Dunn et son fils) et ille cache à sa femme. Shyamalan privilégie dans ce film une approche “intimiste” sublimée parla photographie absolument parfaite d’Eduardo Serra. Les deux tiers du film sont très lents, à l’image du personnage de Dunn qui refuse d’utiliser ses pouvoirs. Puis, lorsqu’il se met à les utiliser (devenant ainsi justicieren mettant sa cape de pluie verte), le rythme s’accélère jusqu’à une fin inoubliable qui renverse toute la logique établie par le film. 

On ressent dans Incassable l’amour que porte Shyamalan à l’univers des super-héros, quitte à ce que certains dialogues soient traités de manière très manichéenne. Le plaisir procuré par sa mise en scène léchée et composée presque uniquement de très longs plans n’en est pas amoindrie. Les films de Shyamalan sont en fait plus proches du fantastique que du film de super-héros. Ils se veulent réalistes et font surgir un élément fantastique qui bouleverse la vie des personnages, ce qui amène une réflexion sur la façon d’aborder le thème du super-héros.

La renaissance : Split

Après la sortie de Signes en 2001 Shyamalan entre dans une longue descente aux enfers qui durera cinq films. Il essuie une suite d’échecs commerciaux et critiques qui lui font peu à peu perdre son public. Mais en 2014 Shyamalan réalise The visit, un film d’horreur qui revisite (ou du moins renouvelle) les codes du genre du found footage. Le Found Footage est un genre cinématographique où le spectateur regarde un film filmé par les protagonistes de l’histoire. Le film est acclamé et son réalisateur saisit sa chance de réaliser Split dans la foulée.

Le film est un succès et marque la renaissance de Shyamalan en tant qu’auteur. Le scénario porte sur l’histoire de jeunes filles kidnappées par un malade mental ayant 25 personnalités (extraordinaire James McAvoy, en particulier lorsqu’il joue la terrifiante Patricia). Il s’agit ici d’un film très adulte, très sombre, beaucoup plus glauque qu’Incassable (un viol pédophile est plus que sous-entendu, des jeunes filles sont enchaînées et violentées…) et cela le démarque de fait dans la filmographie de Shyamalan. Très bien écrit dans sa première partie, le filmse perd cependant dans son dernier tiers un peu trop “action” et fantastique qui casse le ton du film et lui enlève de sa noirceur. Dommage car l’idée d’ajouter un élément totalement fantastique était intéressante. 

Lorsque le film sort, le public ne sait pas qu’il s’agit d’une suite d’Incassableet nombreux sont les spectateurs qui ont été interloqués par la toute dernière scène faisant le lien avec ce dernier. Avec Split, Shyamalan crée son propre univers étendu, à l’instar de ceux de Marvel ou DC. Le film peut à la fois être vu comme le maillon central de la trilogie ou comme un film indépendant qui fonctionne de lui-même. Chapeau.

L’aboutissement : Glass

Le premier événement cinématographique de l’année 2019 a un nom : Glass. Il réunit les protagonistes d’Incassableet de Splitdans un hôpital psychiatrique où leurs « super-pouvoirs » seront remis en question… Glassa une approche singulièrement différente des films cités précédemment. Incassableétait intimiste”, Splitétait un film d’horreur high concept et Glass est… un blockbuster, avec tout ce que cela implique. Le film est plus impressionnant, plus facile à regarder, plus accessible. Shyamalan apporte ainsi des séquences d’action inédites dans les deux films précédents, et le travail effectué sur l’aspect visuel est épatant avec un travail superbe sur les couleurs qui évoluent tout au long du film.

Mais le bât blesse au niveau scénaristique, le film n’atteint pas le niveau d’écriture d’Incassableni l’originalité de Split.De fait, il s’agit d’un divertissement qui laisse parfois tomber l’intelligence des dialogues des précédents films au profit d’échanges d’une subtilité presque digne de Michael Bay (“Je suis le gentil, tu es le méchant”). Si le dernier né de Shyamalan manque de subtilité, il arrive tout de même à faire évoluer son scenario là où on ne l’attend pas,et réussit ainsi à nous surprendre à la toute fin. La morale de fin est d’ailleurs assez ambiguë et remet en cause les motivations des protagonistes, nous prouvant encore une fois que, malgré le manque de subtilité du film, Shyamalan sait ce qu’il fait.

Article rédigé par Thomas Brajon

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