« Sois le changement que tu veux voir dans le monde »

« Sois le changement que tu veux voir dans le monde »

Cette citation de Ghandhi est très souvent reprise mais dès lors peu commentée. Un tour d’horizon sur ses implications.

Premier constat : notre société a ses failles. Le creusement des inégalités, la surexploitation des ressources ou la surconsommation sont quelques exemples de celles qui préoccupent nos générations. 

Réfléchir aux causes de ces problèmes, c’est pourtant bien souvent se sentir peu concerné. Par impuissance, par déresponsabilisation. “Si des employés sont surmenés et mal payés pour produire mon t-shirt Zara, c’est à cause d’entreprises avides qui veulent toujours plus de bénéfices…” pourra-t-on entendre. Et il y a une part de vrai dans cette affirmation. Mais elle a aussi le défaut de nous rendre spectateurs plutôt qu’acteurs. Elle nous fait oublier que nous sommes la société, nous sommes à l’origine de ses fractures. 

De fait, cessons de parler de la responsabilité d'”ils” ou des “autres”, car nous en faisons partie d’une manière ou d’une autre. Le comprendre est le premier pas du changement. C’est considérer les enjeux actuels avec plus d’objectivité. Mais aussi cesser d’être freiné par l’idée que nos actions ne sont qu’une goutte dans l’océan.

Consommer c’est voter

La société de consommation est au cœur de beaucoup de problèmes qui vont au delà de celui, bien connu, de l’environnement. L’omniprésence de la publicité, par exemple, pousse au matérialisme… Et prouve ainsi que le consumérisme s’est immiscé partout.

Le changement ne peut venir que des citoyens : de véritables “consom-acteurs” selon les associations qui les défendent. En ce sens, certains vont jusqu’à choisir un mode de vie alternatif. Dans un article du 13 décembre dernier, le Monde rapportait les propos d’un citoyen décroissant : « Si on ne change rien soi-même, les responsables politiques ou les industriels n’ont aucune raison de le faire. […] ce sont les actions du peuple qui modifieront les façons de penser à plus grande échelle ». Avoir foi dans le changement, c’est donc prendre en considération la dynamique de groupe : l’influence que l’on a les uns sur les autres propage des mouvements initiés par quelques uns. L’interviewé précise que « si on arrête d’engraisser les industriels, ils finiront bien par cesser leurs activités », posant ainsi la question de notre propre cohérence. En effet, comment peut-on d’une part pointer les abus de certaines grandes firmes et d’autres part participer à les enrichir ? 

Des solutions alternatives

Existe-t-il forcément des alternatives aux produits et services souvent décriés ? Pour beaucoup, cette question serait un faux-problème en plus d’être une “bonne excuse” pour ne pas agir, alors même que nos choix de vie les plus simples peuvent incarner beaucoup d’enjeux. Il y en a en outre pour tous les goûts. Pour ceux qui ont à cœur le développement des emplois français,ils peuvent consommer des produits nationaux ou locaux abordables plutôt que des produits mondialisés. Les plus sensibles à la question du gaspillage pourront se fournir en produits alimentaires parmi les invendus et en vêtements de seconde main. Enfin quant à ceux qui ne cautionnent pas la collecte des données internet de nombre d’entreprises de ce secteur, ils peuvent se tourner vers celles qui ne la font pas. Par ailleurs, certains services proposent de reverser une partie de leurs revenus à des causes.

L’une d’elle, l’environnement, est de plus en plus au cœur des considérations du consommateur. « Quel régime alimentaire devons-nous adopter pour sauver le climat ?” » est la question que pose une étude de la revue scientifique Nature, rapportée en décembre dernier par Le Monde.

Une des solutions consiste à manger plus de protéines d’origine végétale, celles d’origine animale étant plus avide en ressources. Par ailleurs, nos vêtements sont aussi un enjeu environnemental, l’industrie du textile étant la deuxième plus polluante du globe. Une baisse de consommation apparaît donc comme nécessaire. 

En ce sens, nous devons constamment nous demander quelle est la portée de nos choix. Et déterminer ce qui pèse le plus dans la balance : confort et nécessité d’une part ou éthique de l’autre ?

Les limites du « vote »

L’idée d’un pouvoir du consommateur se doit d’être nuancée. En effet, si l’achat a autant de poids que le vote, alors personne pourrait nier l’impact qu’il représente. En ce sens, l’offre en magasin nous apparaît certes plus vaste que l’offre électorale, mais tout autant hors de notre contrôle : nous choisissons mais ne décidons pas des produits présents en rayon. Qu’en-est-il de la production responsable ? Le poids de la responsabilité est souvent laissé au consommateur, qui est sommé de faire des achats éthiques, c’est-à-dire bon pour lui, pour les autres et pour la planète.

Et en même temps, en soutenant de nobles causes, les entreprises qui ont cette démarche nous dispensent d’avoir un engagement citoyen. Nous nous contentons donc de tendre la main passivement… Et d’agir en assouvissant nos envies et besoins, pas plus.
Vous cherchez à acheter des produits qui vous correspondent ? Ça tombe bien, l’entreprise vous le souhaite aussi. La stratégie de vente de son produit vise justement notre individualité. Publicité, packaging, image de marque scandent tous « oui, c’est ça que tu cherches », « c’est ça qui te ressemble ». Un modèle de voiture, par exemple, vise un type de personne : pratique, ostentatoire écolo… De là, n’achetons-nous pas déjà selon notre identité ? L’achat selon des valeurs s’inscrit dans la même veine, il ne demande pas plus d’efforts. 

On se demandera aussi s’il a le mérite qu’on lui attribue. Après tout, cette tendance à exprimer son identité dans nos achats et donc notre « avoir » plutôt que notre « être » n’est-il pas le symptôme même de la société de consommation ?

Pour les militants, la solution reste celle de l’engagement. En politique ou dans une association, il serait l’incarnation d’un plus grand pouvoir, hors des rayons battus.

Article rédigé par Rebecca Aliberti

Crédit Photo : Parlement européen

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