“When demographers play the Game of Thrones” : deux étudiants en master décryptent la série

“When demographers play the Game of Thrones” : deux étudiants en master décryptent la série

Lucas Melissent et Romane Beaufort sont deux anciens étudiants de l’Institut de Démographie de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne (IDUP). Dans le cadre de leur Master 2 de démographie, ils ont réalisé une étude sur la mortalité dans Game of Thrones. Ils ont pour cela construit leur propre base de données.

Ils se sont fixés pour but de satisfaire la curiosité des fans de la série. Leurs résultats sont visibles sur le site www.demographie-got.com.

Aujourd’hui, ils décryptent pour vous dans Sorb’on le phénomène Game of Thrones.

Pourquoi s’intéresser à Game of Thrones?                                      

D’abord parce qu’il s’agit d’une série de tous les records ! En 2016, la sixième saison de Game of Thrones a été diffusée dans 173 pays. Aux Etats-Unis, l’ultime épisode de la saison 7 a été vu en direct par 12,1 millions de téléspectateurs, auxquels il faut ajouter 20 millions de téléchargements illégaux estimés. 

De par son succès, Game of Thrones est donc un phénomène sociologique. Cette série fait d’ores et déjà partie intégrante de la culture populaire. Elle dit donc quelque chose de notre société puisqu’elle donne à voir une partie de nos représentations.

A l’inverse, la démographie est peu connue par le grand public. En travaillant sur un sujet ludique tout en demeurant rigoureux d’un point de vue scientifique, nous souhaitions faire connaître une discipline qui nous est chère.

Mais quel rapport avec la démographie ?                

La démographie est une science sociale qui étudie la population et ses mouvements (comprendre tout ce qui fait varier la taille de la population dans le temps). Sont donc du ressort de la démographie : la natalité, la mortalité et la migration. 

Un fan de la série saura dès lors que le point d’accroche principal de la démographie sur cette série n’est ni la natalité (seulement deux naissances en 7 saisons !) ni la migration (malgré l’héliotropisme dont font preuve les marcheurs blancs). C’est donc bien la mortalité ! 

Que dire sur la mortalité dans Game of Thrones

Beaucoup de choses ! Pour que les résultats d’une étude soient significatifs, il faut du volume. Sur 398 personnages nommés dans les scenarii, 205 décèdent (52%) !

La violence est omniprésente dans l’univers de la série. Elle trouve sa justification dans le contexte inspiré de l’époque médiévale. Lorsque les Humanistes nomment cette époque le “Moyen-Âge”, ils en font un âge obscur et violent séparant l’Antiquité de la Renaissance. Aujourd’hui, en regardant une série de fantaisie médiévale, le spectateur s’attend donc à de la violence.

Les personnages meurent donc fréquemment, rapidement (Fig. 1) mais aussi violemment (Fig. 2). Seulement 2 morts sont naturelles parmi nos 205 décès étudiés ! La probabilité de mourir assassiné au cours de la saison 1 atteint 23% ! A titre de comparaison, la Colombie connaît un taux de mortalité par homicide de 61 pour 100 000 habitants (OMS, 2010). Si la France avait connu en 2017 une mortalité semblable à celle de la série, 15,5 millions d’homicides auraient été enregistrés (contre 825 en réalité).    

Fig. 1 : Une mort rapide

Lecture : Après 5h de survie, il ne reste plus que 700 survivants sur 1000 personnages masculins. 30% de personnages masculins décèdent donc en moins de 5h.

Fig. 2 : Une mort violente                        

  • Par les armes pour 120 personnages
  • Des morts plus originales pour 54 personnages

Game of Thrones,série féministe ou série misogyne ?                                  

On a pu entendre tout et son contraire sur Game of Thrones. Et pour cause, l’image de la femme est ambivalente. Si on ne s’arrête qu’aux images (et c’est le tort de bon nombre de journalistes), on voit beaucoup de personnages féminins forts. Des prétendants aux Trônes de Fer restants sont des femmes (Daenerys et Cersei) !

Mais attention : il s’agit de l’arbre qui cache la forêt. Game of Thrones est un univers essentiellement masculin. Encore une fois, cela se justifie par le contexte de fantaisie médiévale. Dans notre étude, les personnages masculins sont trois fois plus nombreux, ils combattent beaucoup plus fréquemment et accèdent bien plus souvent à des rôles politiques de représentation. A l’inverse, un quart des personnages féminins ont un statut inférieur et sont privés d’une partie ou de la totalité de leur liberté (esclaves, prostituées, serfs). 

Enfin, le corps de la femme est objetisé. Il est montré nu deux fois plus fréquemment. Il est aussi la victime quasi-exclusive des violences sexuelles : aussi badass soient-ils, les trois personnages féminins principaux sont victimes de viol conjugal.

“Aucun personnage n’est à l’abri” ?      

C’est une idée reçue très répandue ! Les spectateurs sont en effet très marqués par les images des morts de Ned et de Robb Stark par exemple. Les morts de ces personnages chéris font craindre pour la vie des autres protagonistes.

Pour répondre à cette question en se détachant des images trompeuses, nous recourons à la statistique. Nos modèles (régressions logistiques) permettent de calculer l’effet de chaque caractéristique sur la mort. Certaines caractéristiques protègent de la mort tandis que d’autres exposent le personnage. Nous montrons par exemple qu’un personnage qui combat a plus de risque de mourir qu’un personnage qui ne combat pas (toute chose égale par ailleurs). Inversement, le fait de se prostituer réduit significativement les risques de décéder. 

Tout ca pour dire que oui, personne n’est à l’abri : le risque de mourir ne peut pas être nul ! Toutefois, certains personnages sont bien plus à l’abri que d’autres. Nous avons montré par exemple que le fait d’être présent dans plus de 30 épisodes réduit de 250 fois le risque de mourir ! Cela s’explique très bien : les personnages sont tellement importants que les scénaristes peinent à les tuer. Allez donc faire une saison sans Jon, Sansa, Cersei, Daenerys ou Tyrion !

Des pronostics pour l’ultime saison ? 

Notre modèle permet de calculer des probabilité de décéder au cours des 7 premières saisons. Si l’on fait l’hypothèse que la probabilité de décéder reste la même lors de l’ultime saison, nous pouvons effectivement faire des pronostics.

Chez les personnages masculins, Euron cumule toute les tares. Il n’est pas encore irremplaçable, il combat et est un grand propriétaire foncier : 66% de risque de décéder. Viennent ensuite Ver Gris (39%) et Tormund (22%) et Samwell Tarly (18%). 

Chez les personnages féminins nous craignons pour la vie de Mélisandre (47%) mais aussi pour Yara Greyjoy (31%), Daenerys, Lyanna Mormont et Vère (16%). 

Mais attention ! Il s’agit de l’ultime saison : les scénaristes peuvent donc tuer qui ils veulent sans que l’intrigue en pâtisse. Les prévisions seront-elles respectées ? Nous le saurons en avril !

Lucas et Romane, auteurs de When demographers play the game of thrones, étude socio-démographique de la série.

Crédit photo : HBO

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