Le calvaire des migrantes

Le calvaire des migrantes

Malgré une augmentation inquiétante de leur nombre ces dernières années, les femmes – ainsi que les enfants – sont en minorité parmi la masse migratoire.

Les migrantes sont ainsi les cibles de toutes les violences, en particulier sexuelles. Au point où le viol leur est une menace quotidienne. Pire, une réalité souvent inévitable… 

La violence sexuelle omniprésente

7/10. C’est la part de migrantes qui se font violer sur les routes qui joignent l’Amérique latine aux États-Unis. Selon les pays et les études, les chiffres varient mais l’ampleur du phénomène reste la même : aux portes de l’Amérique du Nord – comme à celles de l’Europe d’ailleurs -, rares sont les femmes qui sortent indemnes de leur expédition. Les agressions sexuelles sont en effet une constante, sur la route mais aussi dans les camps. Dans une enquête de France 3 à ce sujet, Adi, une jeune migrante érythréenne, raconte une tentative de viol pendant laquelle “une vingtaine d’hommes ont essayé de s’en prendre à elle et son amie, alors qu’elles revenaient au centre d’hébergement.” Le journal britannique Express a aussi révélé qu’une femme syrienne a été violée quotidiennement pendant plusieurs mois parce qu’elle n’avait plus d’argent pour payer son trajet auprès de son passeur.

Pour le sociologue Smaïn Laacher, la violence sur le corps de ces femmes est une dimension constitutive de leur périple. C’est ainsi qu’elles se retrouvent contraintes, face à celle-ci, à mettre en place divers stratégies.

Des femmes contraintes de s’adapter

L’érythréenne Adi indique qu’une des façons d’éviter ces violences est de se déplacer en groupe, pour se protéger mutuellement. Bien que cela ne suffise pas forcement, comme le montre l’expérience d’une Afghane de 19 ans, qui avait dû “acheter” sa protection en épousant sur la route un chef de groupe de migrants. Elle avait dit lors d’une interview du Monde que l’union avec cet homme de 50 ans, lui-même déjà marié deux fois, avait fait cesser les tentatives de viols de ses camarades de marche.

En échange d’une aide pour traverser un pays ou d’une protection, une femme migrante peut en venir à se vendre sexuellement. Ou pire, elle devient un objet contractuel pour sa famille : la jeune afghane évoquée plus haut avait été vendue par la sienne aux passeurs. Avant de remonter le Mexique, des femmes s’injectent des contraceptifs de manière à ne pas tomber enceintes de leurs agresseurs. Vendus sans ordonnance dans les pharmacies d’Amérique du Sud, ces médicaments permettent de bloquer l’ovulation durant plusieurs mois.

La condition de femme : un multiplicateur d’inégalités

En outre, ces récits reflètent les difficultés supplémentaires auxquelles sont confrontées les femmes. On le voit par exemple avec les SDF, qui subissent une précarité dite “menstruelle”, en plus de celle ayant trait au logement et à la nourriture. En effet, leur manque de moyens les empêchent d’avoir accès aux protections hygiéniques nécessaires mensuellement. Et cela concerne tout autant les migrantes.

Souvent lié au corps, les problématiques auxquelles font face les femmes, en particulier pauvres, sont un frein à leur évolution.

Article rédigé par Rebecca Aliberti

Crédit photo : Alessandro FUCARINI / AFP

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